J’ai écrit ce texte en rentrant dimanche tard dans la nuit après le long cauchemar que fut ce weekend end sanglant. Au réveil, après une minute de silence seul dans mon salon, une gueule de bois monstrueuse me prend. Je n’ai pas vraiment bu. Je me sens juste écœuré. Je décide de relire mon écriture de la veille et j’y retrouve mes travers habituels. Un certain utopisme rêveur mais aussi très moralisateur, l’envie, tout de suite, de trouver un remède aux maux par les mots. Mais ça ne prend pas. Je me relis, je veux me corriger, mais à quoi bon ? Ce n’est pas un roman, ni un article mais une pensée, émue, pleine d’espoir et d’engagement. J’envoie, finalement, comme tout le monde, une bouteille à la mer dont le message importe peu. L’important c’est de poser l’encre pour mieux prendre le large.

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On dit souvent que notre génération, celle qui a bien entamé sa vingtaine, n’est pas engagée. On dit aussi que c’est de ne pas avoir connu la guerre qui nous a détachés de ces questionnements vers une jouissance plus personnelle de la vie. Je crois que le 13 novembre 2015 viendra entamer ce bilan. Je crois que ces 129 morts constituent pour nous autres français, parisiens, habitants du 11ème, une expérience de guerre et la sensation latente mais intense d’un devoir.

D’abord vis-à-vis de celles et ceux qui ont perdus la vie ce week-end. Sans autre raison apparente que l’application routinière d’un quotidien festif, ces hommes et femmes furent abattus et avec eux, notre innocence. Rendons donc d’abord un hommage à ces gens qui ne méritaient pas ce qui leur est arrivé, rendons justice à ces êtres dont le parcours s’achève et espérons que leur chemin fut pourtant lumineux dans la pénombre d’une époque qu’on ne croyait pas si létale. A vous, humains, je rends hommage, et par le monde nous communions au souvenir, encore trop frais, de votre vitalité.

Puis, par une logique des plus humaines vient le recentrement sur soi. Que penser ? Quoi faire ? Qui blâmer ? Personnellement, à un samedi de retrouvailles succéda le dimanche de l’effarement. Ais-je un rôle à jouer dans ces évènements dramatiques ? Dois-je sortir ou rester chez moi ? Pourrais-je jamais retrouver un quotidien ? Le martèlement des questionnements m’empêche de penser clairement, j’essaie donc de penser à autre chose mais sans succès. Tout me parait futile, tout me semble illogique, tout est vidé de son sens me laissant, hagard, à la croisée des chemins.

J’aimerai faire avec vous l’effort, insupportable mais néanmoins nécessaire d’une décision. Faire face à notre effroi et le boxer hors du ring, l’extirper de notre miroir et le renvoyer à qui de droit. J’ai peur mais j’ai de l’espoir. Celui d’un jeune homme qui vit dans le 11ème, qui croit en l’humanité et en son potentiel. Celui d’un conteur qui sait qu’on décide nous -mêmes des fins à nos histoires et qu’on forge de nos mains la plus importante Histoire. Ma plus grande peur n’est pas de mourir quand j’irai boire un verre rue Jean-Pierre Timbaud, ou à la Bellevilloise en plein concert. Ma plus grande peur c’est de voir mon pays et mes pairs, ma ville et mes amis, sombrer. Sombrer dans leur propre douleur, sombrer dans la haine ou dans le déni, accepter les injustices, céder à la terreur.

Des élections approchent, des manœuvres politiques seront décidées, notre quotidien, risque, plus que jamais, d’être chamboulé. D’une certaine manière, les terroristes nous ont éveillés. Ils font miroiter chez nous le pâle reflet des horreurs lointaines de leur quotidien. Ils incarnent les conséquences de nos erreurs passées et celles plus récentes de nos choix politiques. Nous avons aujourd’hui le pouvoir mais surtout la douloureuse, mais vivace, sensation que les choses ont changés, que les choses vont changer, que les choses doivent changer. C’est à nous, peuple français, de donner une direction politique, engagée et volontaire à l’Histoire. C’est à nous de décider de notre sort, maintenant plus que jamais.

Alors soyons engagés, agissons pour le meilleur et surtout, faisons-le ensemble. Les évènements de Paris ne sont pas plus dramatiques que ceux de Beyrouth ou de Maïdan. Ils semblent pourtant résonner de mille feux aux quatre coins du Monde, car c’est nous, les privilégiés, qui sommes attaqués. Profitons de cet intérêt pour faire réagir le monde, pour changer les choses. Intervenons réellement en Syrie, cessons de commercer avec ceux qui arment et entretiennent les terroristes, ne laissons pas nos actes dictés par les grandes puissances politiques et économiques. C’est nous, aujourd’hui, Peuple de Paris, qui pouvons donner de la voix à une certaine forme de Justice. Pas en descendant dans la rue mais en nous offusquant des paradoxes politiques, en exigeant une certaine éthique de la part de nos dirigeants, en nous engageant.

C’est finalement le mot qui aura retenu mes tergiversations ce week-end. Pas au sens militaire mais au sens politique : donner de soi pour le vivre-ensemble, pour la vie de la cité-monde qu’est notre planète. A nos échelles respectives, arrêtons de penser à nos nombrils, accordons un peu de temps à nous informer de ce qui se passe par-delà les frontières de nos petites existences, jugeons et agissons pour traiter avec respect et justice ces peuples trop longtemps méprisés, ces religions dénigrées, ces pays dépouillés. Nous avons tous le temps de donner, un petit peu, à ceux qui nous entourent et ceux, plus éloignés qui nous envient ou nous haïssent. Car c’est maintenant qu’il faut réagir, au mieux, à l’incompréhension, à la peur et au désir de vengeance qui nous habite.

C’est ensemble que j’envisage cet engagement alors Parisiens, Français, Humains, ne me décevez pas, s’il vous plait, j’ai encore trop de choses à faire, de gens à aimer, d’avenirs à rêver.

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