On y était : Maison de la Radio, 22 septembre 2016.

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Fraîchement revenu des Etats Unis, Darius Milhaud composa en 1923 “La création du monde“ une musique de ballet sur un livret de Blaise Cendrars et des décors de Fernand Léger. L’influence de la musique américaine noire, le Jazz, est omniprésente tout au long du morceau, aussi bien par les harmonies que par le choix des instruments, saxophone, cuivres et percussions. La direction d’orchestre de Stéphane Denève souligne parfaitement cette influence en marquant franchement les rythmes et en respectant la polytonalité chère à Darius Milhaud. Milhaud a été un novateur en intégrant cette musique dans un ensemble symphonique puisque ce morceau fut composé avant les grands classiques de Gerschwin. On se laisse bercer, “il y a du rythme“ bien que la structure du morceau soit une fugue et que la direction de Stéphane Denève respecte les directions multiples où nous emmène Milhaud.

Après ce joli préambule, nous attendons avec impatience le « plat de résistance »  de la soirée : le concerto pour violoncelle de Guillaume Connesson.

Cette œuvre récente a été créée en 2008 par et pour Jérôme Pernoo. On comprend à l’coute de ce concerto combien la symbiose entre le soliste et le compositeur est totale. Il colle littéralement à cette musique faite de ruptures sans être atonale. C’esr une musique qui mélange les sons violents avec des mélopées au lyrisme quasi onirique que l’orchestre souligne avec une belle énergie et un beau phrasé. Le concerto est ponctué par des traits d’une virtuosité époustouflante que Jérôme Pernoo  joue avec une aisance et une maîtrise propres aux plus grands. Cette maîtrise prend toute sa force dans la cadence qui précède un retour aux rythmes scandés pour s’achever dans une allégresse vivifiante. Comme disait une spectatrice à sa voisine, « ce qui m’a plu dans ce morceau, c’est que c’est différent ! »

Ce n’est pas différent, c’est beau ! Le succès fut tel que l’orchestre rejoua le final, en bis.

La deuxième partie est consacrée à Francis Poulenc.

Avec “ les Litanies à la vierge noire“ et grâce à un chœur de femmes, Poulenc essaie de retrouver la ferveur chrétienne des pèlerins de Rocamadour. Le texte chanté est si clair qu’on lui reprocherait facilement  quelques relents saint sulpiciens mais la puissance de l’orgue (joué ici par Anne Gaëlle Chanon) empêche que l’ensemble ne verse dans le cliché de la musique religieuse. Grâce à l’acoustique parfaite de l’auditorium, l’orgue, (instrument que  Poulenc connaît bien, il nous l’a prouvé dans son concerto) sonne parfaitement dans ce lieu, et sa sonorité majestueuse n’est pas affaiblie par les échos incontrôlables des cathédrales.

Avec “ Les Biches“ nous sommes en terrain connu. Ce ballet est souvent joué et dansé. Contemporain de “La création du monde “ de Milhaud, il est plus léger plus aérien, plus érotique, puisque c’est un hymne à la femme et au plaisir, une espèce de marivaudage inspiré par une toile de Marie Laurencin. Poulenc, qui n’avait pas peur des mots disait de l’œuvre : « Dans les “Biches“ « il n’est pas question d’amour mais de plaisir. Dans ce ballet on ne s’aime pas pour la vie, on couche »

Le mot est lâché, le plaisir de l’écoute est là. L’orchestre mené par Stéphane Devène, se laisse aller justement au plaisir de jouer et on ne peut y rester insensible. Les ruptures entre les tableaux sont franches et l’alternance de rythmes des années folles avec les adagietto et les andante soutenus par les chœurs (parfaits les chœurs !) concourt au vrai bonheur d’écouter une musique… riche et désinvolte

Jean François Robin

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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