Un film de Josef Wladyka avec Christian James Advincula, Jarlin Martinez et Hadder Blandon. Sortie le 3 juin 2015. Prix  du Meilleur Premier Film au Festival de Tribeca 2014.

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L’histoire

Delio un pêcheur désespéré et Jacobo un jeune homme naïf, vivent à Buenaventura, la ville la plus dangereuse de Colombie. Pour échapper à la pauvreté, ils acceptent de participer à un trafic de drogue. Sur les eaux du Pacifique, le duo doit transporter une torpille contenant 100 kilos de cocaïne, cachée dans un filet de pêche. Grâce à ce voyage à haut risque, ils vont gagner beaucoup d’argent, beaucoup plus qu’ils n’auraient imaginé. Leur joie est de courte durée. Entre les trafiquants qui menacent leur famille et la police qui les poursuit, commence alors une course effrénée pour leur survie…

L’avis

De l’action du suspens, il y en a dans tout le film. Mais « Manos Sucias » (littéralement « mains sales ») est avant tout un film qui raconte une réalité sociale qui existe dans cette région de Colombie. Ce film met en lumière que la cocaïne et le trafic de drogue permettent l’exploitation des enfants, l’appauvrissement des pêcheurs et que les familles n’ont guère de choix pour s’en sortir que de prendre part à cet univers où la prison et la mort sont les aboutissements. Ce n’est pas un film de plus sur la drogue. Le film parle d’une zone assiégée comme le dit le réalisateur, zone totalement négligée où l’espoir est un mot inconnu. On pourrait se croire dans un documentaire tant l’authenticité de la réalisation et surtout le jeu des deux acteurs est convaincante. Buenaventura est aussi un des personnages principaux. Elle a été plus qu’un simple cadre de tournage nous apprend Joseph Wladyka, c’est toute la communauté qui s’est impliquée dans le film.

Pour gagner la confiance des habitants l’équipe du film est allée de porte en porte pour identifier les leaders des communautés et organiser des réunions improvisées. La tension était palpable et l’équipe a réalisé à quel point la vie sur la côte pouvait basculer en quelques instants face aux conflits armés entre la guérilla et les paramilitaires. Le film a pu exister grâce à l’appui financier de Spike Lee et des anonymes qui l’ont coproduit sur le site participatif Kickstarter. Ce film est surprenant de réalité et ne peut laisser indifférent. Josef Wladyka a demandé à un habitant s’il pouvait imaginait que cette période trouble pouvait un jour prendre fin, il lui a répondu : «  oui…mais seulement en rêve ». Que ceux qui aiment se poudrer aillent voir « Manos Sucias », ils sauront que leur petit plaisir égoïste est synonyme de destruction de villages et de mort de l’autre côté de l’Atlantique. N’y voyons aucune morale dans cette réaction, seulement un constat que fait Josef Wladyka dans ce superbe premier film.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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