Mars fascine l’Homme depuis sa naissance. De tout temps, les savants et les rêveurs se sont intéressés à ce petit point lumineux dans le ciel. Demain, certains marcheront sur la planète rouge ; Mars One leur a promis. Mais est-ce vraiment utile de partir à la conquête d’un cailloux glacé qu’on ne projette pas de transformer ? N’y a-t-il pas mieux ailleurs, plus loin ? L’humanité mérite – probablement – plus qu’un destin sous cloche de verre étanche…

2001: A SPACE ODYSSEY (1968) GARY LOCKWOOD TTO 016FOH

(hommage à Yves Adrien)

Je demande le droit d’hauteur pour parler de Mars, celui de mettre la tête dans les étoiles et de regarder la planète rouge dans le blanc des yeux, sans voile entre nous deux, juste l’espace.  L’échelle céleste est un fantasme de croyant : dieu est mort il y a longtemps. Mais l’humain existe, on le nomme « terrien » et un jour, peut-être, il disparaîtra. Et depuis la Terre, où va-t-on ? Partout : here, there, and everywhere. On rayonne. L’infini comme point de départ et d’arrivée. 3, 2, 1… que personne ne bouge mais que chacun décolle : allez voir higher ci-gît suis. Le ciel est la limite ; je dépasse la dose prescrite volontairement. Ai-je le choix ? Tout cela (Mars, l’univers et le reste) n’est ni modeste, ni mesuré : l’infini sert d’ultime frontière, l’eternel de valeur.

(Mise en orbite…)

 Il était une fois…

Dans l’Antiquité, l’Homme contemple Mars ; la belle rouge fait partie, avec Mercure, Jupiter, Vénus et Saturne, des seules planètes observables à l’œil nu. Les babyloniens la baptisèrent Nergal – le dieu de la mort – ; les Egyptiens la prirent pour Horus, le saint père de l’élévation, le divin fauconnier du royaume des surhommes. Ailleurs aussi, en Inde ou en Chine, avant l’invention du télescope, la luminosité de Mars fît rêvasser nombre d’individus. De ces siècles d’observation, l’humanité n’en tira aucune certitude, sauf celle que Mars tourne à l’envers : son mouvement est rétrograde, d’Est en Ouest.

L’homo sapiens a d’abord considéré que la Terre était plate. L’idée a perduré. Héraclide du Pont, quatre-cents années avant Jésus Christ, émit l’idée d’un système tournant en rond. Un siècle plus tard, Aristarque, le précurseur, pensa le monde héliocentrique. Archimède abonda en ce sens, introduisant la notion de calcul du volume d’une sphère. Cratès de Mallos assembla le premier globe terrestre de l’histoire. Un millénaire et demi plus tard, la révolution copernicienne vint mettre un terme aux théories obscures du passé : le modèle géocentrique était une hérésie ; rien n’est statique dans l’univers. Vers 1600, Johannes Kepler découvrit que les orbites des planètes sont des ellipses et non des cercles, calculant dans la foulée la taille de Mars. Puis, le télescope, formidable machine à rêves, laissa progressivement l’Homme distinguer ce qu’il nomma « les canaux martiens ». Ainsi naquirent les petits hommes verts dans l’esprit des braves gens. L’an 1900, le pragmatisme ambiant de l’époque et l’avancée des sciences permirent le démantèlement (partiel) du mythe martien : selon Alfred Russel Wallace, Mars était inhabitée et inhabitable. Le futur lui donna raison… En 1920, on rangea définitivement les canaux au rayon des chimères.

Là-haut ! 

Atteindre Mars n’est pas chose aisée. Il faut ruser, calculer et se laisser porter. La ligne droite n’est pas une possibilité / il faut se plier aux règles de la mécanique spatiale. Notre planète se déplace sur une orbite située à l’intérieur de celle de Mars. L’ellipse n’est pas un cercle parfait : la distance Terre – Mars varie énormément en fonction des cycles (de 56 millions à 400 millions de km). Il n’existe donc qu’une fenêtre de lancement tous les deux ans.

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1965 : le programme Apollo a commencé quatre années plus tôt. Les Américains n’ont pas encore marché sur la Lune. Mariner 4 survole Mars. Les Russes se ridiculisent dans l’espace (Mars 1) malgré des moyens… soviétiques. En 1961 pourtant, Youri Gagarine s’envolait avant tout le monde côtoyer les étoiles : il fût le premier. L’URSS abhorre l’échec mais ils – les soviets – y sont voués. Le progrès est en marche / ce qui est moderne le restera. Et ici commence la grande Histoire de la conquête spatiale vers la planète rouge, un 14 juillet. La sonde Mariner, quatrième du nom, transmet vingt-deux photos à la NASA, mettant ainsi fin à un certain nombre de fantasmes. Les clichés sont décevants. Mars ne vaut finalement pas mieux que la Lune. Il y fait très froid (-100 °C), la pression atmosphérique y est ridicule (0,5 % de celle de la Terre) et sa surface n’est qu’une immense entendue plate, monotone, défigurée par des cratères.

Quatre révolutions solaires – point de vue terrestre – complètes plus tard, en 1969, l’agence spatiale américaine teste un nouveau lanceur, l’Atlas Centaur, réputé beaucoup plus puissant que le précédent, pour projeter Mariner 6 et 7, respectivement équipées d’instruments de mesure beaucoup plus performants que précédemment. En 1200 photos prises à 3500 kilomètres de distance, les deux robots parviennent à constituer une collection d’images représentants, au total, 10% de la surface martienne. Mais le constat est le même : il n’y a rien, la température y est – toujours -glaciale.

(Atterrissage imminent…)

Les seventies sont – sans surprise – la décennie du progrès : l’enjeu est désormais de se poser. Mariner 8 se plante lamentablement dans l’océan à cause d’une fusée défaillante en mai 1971. Trois semaines plus tard, Mariner 9 est lancé. Avec succès : il devient le premier satellite artificiel à officier autour d’une autre planète que la Terre. Sonde très lourde (plus d’une tonne), équipée de retrofusées lui permettant d’orbiter sereinement et surtout elliptiquement, Mariner 9 réussit l’exploit de cartographier 70% du globe martien. On obtient enfin une topographie variée du terrain. On y découvre notamment l’énorme canyon de Valles Marineris, une impressionnante faille longue de plusieurs milliers de kilomètres et profonde de 6. D’immenses vallées arides sont mises à jour, ainsi que la plus haute montagne du système solaire – pour le moment -, Olympus Mons, un volcan désaffecté qui culmine à 25 000 mètres d’altitude. Pour beaucoup, l’espoir renait : Mars connaît la tectonique des plaques. Et puis, Phobos et Déimos sont photographiés.

La guerre froide divise le monde en deux blocs. Personne ne se bat. Alarmé, le soldat regarde vers le ciel et aperçoit la voute céleste. La vraie guerre se passe là haut, avec les étoiles. Le premier à se poser sur Mars a gagné. Mars 2, Mars 3, Mars 4, Mars 5, Mars 6, Mars 7… Les Russes y croyaient.  En décembre 1971, Mars 3 parvient à atterrir, mais le robot ne fonctionne que 20 secondes et… disparaît des écrans de contrôle. Deux années après, Mars 5 fonctionne soixante secondes avant de « subir une avarie ». Tous les autres n’arriveront jamais.

Puis, la deuxième partie de la décennie appartient aux Vikings. Ce programme, diligenté par la NASA, a deux objectifs : placer en orbite autour de Mars des satellites et surtout, y faire atterrir un module chargé de trouver la vie sur la planète rouge. Lancées respectivement le 20 août et le 9 septembre 1975, les deux sondes se posent quelques mois plus tard sur leur objectif. Pendant plusieurs années, les deux petits droïdes transmirent une quantité hallucinante de données collectées sur Mars. Le résultat : on parvint enfin à mettre en évidence la présence passée d’eau liquide en surface, relançant ainsi la question de la VIE. Pas mal pour de « petits robots débiles », comme les qualifiait Jean-François Bizot.

Vingt années passèrent sans que rien – ou presque – ne soit entreprit concernant la planète rouge. Déçus, le grand public et les politiques s’attendaient à y découvrir quelque chose de plus… ludique que de vastes étendus rouges. En parallèle, l’élaboration de la navette spatiale draine le budget de la NASA : on oublie Mars.  Mais en 1988, l’URSS tente de repartir à l’assaut des lunes martienne : Phobos est en ligne de mire via un programme éponyme, suivi par Mars 96. Les deux tentatives se concluent en échecs. Et les Américains tentent entre l’an 1992 et l’an 1993 de repartir à la conquête de « l’objet convoité ». Mars Observer est la sonde la plus couteuse jamais mise au point (813 millions de dollars). Mais trois jours avant l’insertion dans l’orbite de la planète rouge, l’agence en perd le contrôle – ils ne la retrouveront jamais.

Les missions suivantes devront coûter moins cher. A la fin des années 1990, le progrès ayant démocratisé l’entreprenariat spatial, d’autres nations telles que le Japon ou l’Europe développent également leurs propres projets. Les Japonais se plantent magistralement, leur sonde n’est pas prête pour affronter le Grand espace. Le projet Mars Express des Européens fonctionne de manière correcte : il permet de compiler une grande quantité d’informations. Le spectromètre FPS embarqué détecte la présence de méthane dans l’atmosphère martienne. Or, ce gaz n’a que deux origines (volcanique ou bactériologique) et sa durée de vie est relativement courte (440 ans). Staying Alive – le refrain est connu. Les calottes gelées le sont à l’eau. Beagle 2, mission accomplie !

2001, l’odyssée de l’espace 

Dans la pure ligne « better, faster, cheaper », l’orbiteur Mars Odyssey remplit ses objectifs, à savoir dresser une carte de la distribution des minéraux et des éléments chimique en surface. Comme toujours, il subsiste l’espoir de trouver de l’eau sous forme liquide. En vain. L’étude conclura qu’il y subsiste une présence particulièrement importante de potassium et (encore une fois) qu’il y a de la glace aux pôles. La présence d’olivine* traduit que Mars serait « à sec » depuis longtemps.

Dès la fenêtre de tir suivante, les robots se transforment : ils deviennent des rovers. Equipés de six roues, ces petits véhicules autonomes sont originellement conçus pour durer 90 jours et parcourir 600 mètres. En 2012, après plus de 34 kilomètres parcourus, Opportunity était toujours opérationnel. Sa présence a permis de découvrir plusieurs formations rocheuses, attestant de la présence d’eau. Encore plus qu’auparavant l’atmosphère et les sols martiens ont été disséqués. L’orbiteur MRO (2005), équipé d’un télescope ultramoderne, permet d’observer Mars – vu du ciel -avec une résolution inédite. Puis le Phoenix est lancé. Il s’agit d’un petit atterrisseur missionné pour étudier les glaces de la planète rouge. Surprise : sous la poussière, sous la surface, il y a aussi de la glace, beaucoup de glace. Phoenix n’a, en revanche, pas survécu à l’hiver martien.

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« Harder, faster, stronger », l’Oncle Sam ne renonce devant rien et développe le rover Mars Science Laboratory. Plus gros, plus beau, plus fort, plus lourd, plus précis ou encore plus complet, ce laboratoire embarqué est le plus perfectionné jamais confectionné. En tout, 750 kg sont compactés. L’objectif reste inchangé : il s’agit d’explorer (again and again).

(Rétrofusées activées…)

Passé. Présent. Et le Futur ?

1969 : « Un grand pas pour l’homme. Un petit pas pour l’humanité. » Depuis ? Rien. L’Homme ne marche plus vers son avenir. Il attend. Les explorateurs modernes sont des robots / l’humain est atteint par ses limites. La NASA a compris, depuis longtemps déjà, que Mars ne présente que peu d’intérêt pour l’humanité. Quitte à vivre dans une bulle, autant le faire sur Terre, n’est-ce pas ? Les gouvernements croient en l’utilitarisme. « Le plus grand bonheur pour le plus grand nombre » n’est cependant pas une doctrine qui concerne l’individu. Bas Lansdorp, un ingénieur hollandais à l’origine du projet Mars One n’a, par exemple, que faire du plus grand nombre. Lui veut exhausser son rêve d’enfant : marcher sur la planète rouge. J’ai contacté le service de presse de l’organisation qui, à plusieurs reprises, m’a suggéré de ne pas les importuner davantage, prétextant qu’ils croulaient sous les demandes d’interview. Dépité, j’ai parcouru le corpus de presse qu’une secrétaire avait tout de même bien voulu m’expédier… Mes yeux sont ensuite restés grand ouverts.

Selon les divers documents officiels que je me suis procuré, l’objectif de Mars One est d’établir une colonie à la surface de la planète. L’air y étant irrespirable et glacial, en plus d’être peu pressurisé, l’Homme ne peut pas se passer de protection hermétique. Conséquence : il devra vivre sous cloche, comme du fromage. CHEEEESE, souriez, vous serez filmés ! Si la solitude a une histoire, elle atteindra son apogée sur Mars. Le programme prévoit d’injecter quatre cobayes humains tous les deux ans. En attendant, ils seront seuls, coupés du monde mais vus par tous. Le Truman Show n’est plus fiction ; Mars One concrétise pour la première fois ce principe de télé-réalité ultime. Les candidats seront filmés. Le show sera planétaire, évolutif, novö, postmoderne. Pour 6 milliards de dollars, l’humanité rentrera violemment dans le 3ème millénaire. Le voyage est un aller simple, sans retour. D’après l’organisation, le trajet vers la Terre depuis Mars serait « trop coûteux, trop dangereux  et pas nécessaire ».  De toute façon, selon cette dernière, « la technologie ne permet pas de revenir ». Pourtant, elle permet d’y aller !

202 586 ont déposé leur candidature. 1057 postulants ont été sélectionnés ; ils seront 24 seulement à pénétrer dans le dernier cercle, celui des élus qui marcheront sur Mars. Le projet se veut démocratique… et ne l’est pas vraiment. La qualité principale pour être sélectionné ? L’aptitude de l’individu à fonctionner en groupe. Les hippies auraient très bien fait l’affaire… Le communiqué de presse ajoute que les participants devront également être « intelligents et en bonne santé ». Mais selon quel(s) critère(s) ? Qui sera désigné comme le chef de cette colonie martienne ? Et puis, les individus (vraiment) intelligents ne sont peut être pas faits pour la vie en groupe…

(Sans espoir de retour…)

Arnauld Pontier*, écrivain reconnu spécialisé dans la science fiction et auteur d’un récit d’anticipation sur Mars, m’a confié qu’il pensait ce projet dérangeant : « Je trouve cela très « limite » d’un point de vue déontologique, par rapport au respect de la vie humaine, d’envoyer des gens se perdre sur une planète lointaine sans espoir de retour ».  Et, il faut bien l’avouer, l’objectif réel de Mars One n’est pas tout à fait clair : les participants ne seront pas scientifiques ou astronautes de formation ; ils recevront un apprentissage – ou formatage – long de sept années avant de décoller. Si la science n’est pas l’enjeu central de cette épopée martienne, la simple démarche de la fuite en avant se révèle inquiétante. Une candidate française racontait sur RTL « y aller pour s’y installer ». Souhaitons lui de parvenir à tuer l’ennui avant qu’il ne la tue… En attendant, le décollage est prévu pour 2025.

Dernièrement, l’Autorité générale des Affaires islamiques des Emirats arabes unis a lancé une fatwa – un avis religieux – à l’encontre du projet Mars One. Selon eux,  « un tel voyage sans retour présente un risque réel pour la vie, qui ne peut se justifier dans l’islam. Dans l’éventualité où les astronautes ne survivraient pas à leur mission, ils subiraient alors la même peine infligée à ceux qui se suicident, à savoir, une éternité en enfer ».

A l’origine de cette fatwa, le professeur Farooq Hamada, qui a déclaré : « Protéger la vie contre tout danger possible et la maintenir en sécurité est un crédo de chaque religion, il est clairement écrit dans la sourate 4 verset 29 du Saint Coran : « Et ne vous tuez pas vous-mêmes. Allah, en vérité, est Miséricordieux envers vous. »  Surprenant ! Les fidèles d’Allah ne se poseront donc pas sur Mars. Les islamophobes du monde entier auraient-ils trouvé en la planète rouge leur terre sacrée ?

J’ai ensuite été à la rencontre du pasteur Marc Pernot, qui officie au temple protestant de l’Oratoire du Louvre, à Paris, pour recueillir son avis au sujet de Mars One. Lui, au contraire de la haute autorité musulmane, voit se projet d’un très bon œil : « La créativité est le propre de l’humain et de Dieu. Dans le protestantisme, nous n’avons pas de notion de terre sainte. Ce qui est saint, c’est la vie, la personne humaine, sa créativité ou sa dignité. On pense, peut-être contrairement à l’islam, que tous les hommes et toutes les femmes sont appelés à devenir des prophètes, d’une certaine manière, et donc être source de vie, comme dieu, notre auteur. Au sujet d’une hypothétique évangélisation de cette nouvelle Terre – démarche coloniale exige -, le pasteur ne voit aussi aucune contre indication :  « Il n’existe pas de lieu saint ; la Terre toute entière est sainte, et donc Mars aussi. »  Je relance ensuite le pasteur au sujet de cette notion de suicide évoquée par les musulmans : «  Je n’y crois pas. Nous allons tous mourir, c’est un secret pour personne. Qu’on meurt sur Mars ou ailleurs, cela ne change pas grand-chose. » Lucide ? Vous avez dit lucide ? Dans tous les cas, lui l’est…

Puis, je suis parvenu à questionner l’ancienne directrice de la puissante et prestigieuse organisation Mars Society*, Susan Holden Martin, qui logiquement, plaide en faveur du projet Mars One : « je ne pense pas que l’on devrait voir la mission Mars One comme un suicide organisé, mais plutôt comme l’occasion pour l’humanité d’affronter de nouveaux challenges et de repousser les frontières du monde. (…) Voyager vers de nouvelles planètes, c’est la prochaine étape dans l’évolution de l’Homme. » Mais malgré son enthousiasme, l’ex patronne de la Mars Society pense que cette entreprise pourrait ne jamais voir le jour : « Une mission habitée sur Mars coûte des milliards de dollars. Et vu leur business plan, je crains qu’ils ne soient pas capables de réunir les fonds nécessaires à temps. » Effectivement, la méthode du crowdfunding m’avait aussi paru quelque peu insuffisante pour mener à terme un programme de cette envergure… Mais positive, Madame Martin rêve quand même de voir de son vivant l’Homme « devenir une espèce interplanétaire ». C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à notre pauvre race

Terraformez-moi ! Oui, mais pas tout de suite…

Une planète inhospitalière vaut-elle la peine que l’on s’y attarde ? La science fiction possède la réponde depuis longtemps: la terraformation, c’est-à-dire la transformation de l’environnement naturel d’une planète – ou d’un corps céleste – afin de rendre la habitable, en réunissant les conditions nécessaire à la vie. L’idée n’est pas nouvelle. En 1961, le scientifique américain Carl Sagan proposait déjà de terraformer Vénus. Pour Susan Holden Martin, « la terraformation d’une planète s’imposera peut-être, dans le futur, comme une solution d’avenir. »  Consciencieuse, elle m’explique ensuite que « simplement, si l’Homme enclenche un jour ce processus de modification d’un environnement quelque part, j’espère qu’il ne le fera pas aux dépens d’autres environnements où vivraient éventuellement d’autres espèces indigènes ».

Est-ce vraiment possible de transformer une planète ? Arnauld Pontier me le confirme : « Scientifiquement et techniquement, il est aujourd’hui tout à fait possible de terraformer une planète comme Mars. La seule contrainte serait le délai, puisque l’on sait que terraformer une planète prendrait plus d’un siècle. » Pour transformer Mars via ce principe, il y existerait plusieurs manières de procéder. Certains astéroïdes contiennent de la glace ou du gaz en grandes quantités. Il suffirait de les précipiter, grâce à quelques explosions nucléaires dont l’humanité a le secret, sur la surface de la planète rouge. Sous l’impact, un nuage de poussière recouvrirait Mars et l’atmosphère se réchaufferait sous l’effet des rayons du soleil, comme dans une serre opaque. Puis, l’eau et les gaz contenus dans l(es) astéroïde(s)se libèreraient et le cycle de la vie reprendrait… lentement. Sinon, les récentes investigations diligentées sur la surface martienne ayant confirmé la présence de gaz dans les sous-sols, les extraire suffirait – peut-être – à constituer un effet de serre. Mais le savoir-faire russe offre d’autres possibilités. Je m’explique. Le Projet Znamia, développé dans les années 1990, consistait à construire de grands réflecteurs. Disposés dans l’espace à proximité de la Terre et orientés correctement, ces panneaux reflètent les rayons solaires et les renvoient vers un point précis sur la planète bleue. L’objectif des Russes était de parvenir à éclairer de petites villes de l’Arctique plongées dans l’obscurité une grande partie de l’année. Par manque de moyens et après quelques échecs, la recherche spatiale russe a interrompu ce projet à l’aube des années 2000. Dans le cas de Mars, de tels miroirs serviraient à réchauffer, via le rayon lumineux produit, les calottes gelées situées aux pôles de la planète rouge. Grâce à la chaleur, l’eau s’évaporerait et l’atmosphère se réchaufferait. La dernière solution serait de réduire le coefficient d’albédo – le rapport de l’énergie solaire réfléchie par une surface à l’énergie solaire incidente – et ainsi permettre de mieux conserver la chaleur reçue. Pour cela, il faudrait noircir les calottes martiennes en les recouvrant de poussière obscure. Le noir absorbe la lumière, le blanc la rejette, c’est bien connu.

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Mais comme le précise Arnauld Pontier, « pour terraformer, il faudrait polluer,  soit en créant des gaz à effet de serre, soit en polluant les glaces profondes. » Vraiment pas écologique ! Et puis, la fine atmosphère martienne est également la cause d’une magnétosphère quasi inexistante : les vents solaire pénètrent la protection atmosphérique et emportent les particules au loin, dans l’espace. Tout s’évapore. Si la terraformation est techniquement possible, elle n’est probablement pas la meilleure solution pour l’humanité. Vu le coût et le temps qu’exigerait une telle entreprise, mieux vaudrait se concentrer sur le développement de moyens de transports dans l’espace plus rapide qui nous permettrait d’aller plus loin et donc de découvrir… autre chose.

Vers un higher meilleur ?

Il y a quelques jours, la NASA annonçait la découverte de 715 nouvelles exoplanètes. Le total est désormais de 1 800 « globes » extrasolaires détectés depuis 1995. Parmi ces derniers, Gliese 581 C et Gliese 581 G, situées à une vingtaine d’années-lumière de la Terre offriraient, des conditions atmosphériques proches de celles de notre planète. Il y ferait entre 0 et 40 degrés / de l’eau liquide pourrait s’y trouver, ainsi donc que – potentiellement – des… extraterrestres ! Seulement, même avec une sonde, il faudrait plus de 200 000 années pour s’y rendre. Inenvisageable ! Et pourrait-on aller plus vite ? Plusieurs gouvernements et entreprises travailleraient actuellement à l’élaboration d’un moyen de propulsion spatial atomique. Mais pour le moment, les chercheurs se heurtent encore à de nombreuses difficultés techniques. L’utilisation des vents solaires serait aussi une éventualité, grâce à l’élaboration de voiles solaires. Cependant, « le Pen Duick » spatial n’est pas pour demain. Et puis, loin du soleil, à des années lumières de notre système, éloignés de toute étoile, il n’est pas avéré que les vents solaires soufflent très fort…

 L’Homme n’est donc pour le moment pas prêt – technologiquement – à explorer d’autres galaxies. Et les lois de la physique limitent la marge d’évolution: il semble inenvisageable qu’un appareil doté d’un système de propulsion classique – principe de poussée – puisse, même avec la meilleure volonté du monde, passer un jour le mur de la lumière. Ou alors faudra-t-il miser sur des vaisseaux intergénérationnels, embarquant des équipages pour qu’ils se reproduisent à bord sur plusieurs générations. Ainsi, au prix d’un sacrifice humain en faveur du progrès, le temps ne serait plus vraiment un handicap.

Pour progresser, il faut parfois reculer, puis se projeter. Sortons deux minutes du cadre classique de la physique quantique que nous connaissons si bien. Selon la théorie des cordes, Les briques fondamentales de l’Univers ne seraient pas des particules ponctuelles mais des cordelettes vibrantes possédant une tension, comme un élastique. Les différents types de cordes, vibrant à des fréquences différentes, seraient ainsi à l’origine de toutes les particules élémentaires de notre Univers. Vous ne voyez toujours pas où je veux en venir ? Je continue… En théorie des cordes, une brane est un objet étendu, dynamique, possédant une énergie sous forme de tension sur son volume d’univers. L’univers observable constituerait le volume interne d’une brane (une 3-brane pour être précis) vivant dans un espace-temps ayant des dimensions supplémentaires. En clair, cela signifie vulgairement qu’une brane serait une couche, un rideau. Notre univers serait situé sur une brane. Mais d’autres branes existeraient. Comprendre le fonctionnement de ces branes permettrait d’exploiter ces différentes couches et donc, de se déplacer d’un univers à un autre sans délai, sans dépense d’énergie colossale. Comme un oignon que l’on éplucherait couche par couche, l’univers se dissèquerait brane par brane. L’humanité serait au centre de l’univers / nous serions le centre du monde.

La Terre, au rythme sur lequel nous la consommons et à la cadence ou nous nous reproduisons, ne sera un jour plus habitable. Seulement, pensez au progrès. Si le présent nous fait croire que nous sommes évolués, ce n’est qu’une illusion : l’humanité, si elle perdure, sera amenée à entreprendre des choses bien plus grandes encore que le futur imaginé par les plus inventifs des auteurs de science-fiction. Mais la condition du progrès sera la paix ; car comme le disait Einstein quand on l’interrogeait au sujet d’une hypothétique troisième guerre mondiale : « Je ne sais pas, mais je peux vous dire ce dont ils se serviront pour la quatrième. Ils se jetteront des pierres ! » Les horreurs du passé ne peuvent plus recommencer. L’avenir est en marche. Nous sommes trop avancés. Les guerres d’avant sont loin, obsolètes. Le futur sera violent /exaltant.

                                                                  Mise en orbite…

                                                                  Atterrissage imminent…

                                                                  Rétrofusées activée…

                                                                  Sans espoir de retour…

                (Je suis arrivé.)

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