On a appris la semaine dernière la mort de l’artiste australien Martin Sharp. Fondateur du magazine « Oz » dans les années 1960, il avait entre autre réalisé des « covers » pour Jimi Hendrix et Bob Dylan. Retour sur la carrière d’un des tauliers de la contre-culture.
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Martin Sharp à Sidney en 2009

La période « Oz »

Né à Sidney en 1942, Martin Sharp était l’un des fondateurs – avec Richard Neville et Richard Walsh- de la revue underground « Oz ». Au début des années 1960, le magazine australien avait fait sa renommée : style graphique novateur et halluciné, procès ultra-médiatisés pour cause d’obscénité mais aussi pour les thèmes qu’il abordait, propre à la « beat génération ». Il y évoquait l’Australie « white trash » et raciste, l’homosexualité, la brutalité policière, la guerre du Vietnam, la came et bien sûr le sexe. Qualifié de satirique, « Oz » présentait dans ses premières publications essentiellement des canulars. Par exemple,  l’effondrement du Harbour Bridge de Sidney en 1963 ou encore le récit d’un avortement (toujours illégal à l’époque). Concrètement, c’est un peu l’équivalent en France de l’ »Echo des savanes » pour le côté BD et « Actuel » pour l’écriture « nouveau journalisme ».

Une couverture de 1964 montre Neville et ses deux amis en train de pisser sur une œuvre murale du sculpteur australien Tom Bass, qualifiée par ses auteurs « d’urinoir en bronze ». Après plusieurs numéros, les rédacteurs en chefs seront mis en examen, certains feront même plusieurs mois de prison ferme. En 1966, les deux collaborateurs Richard Neville et Martin Sharp cèdent sous la censure de « l’establishement » et décident d’emménager à Londres. Le magazine « sulfureux » continuera de paraître sous le nom de « London Oz » jusqu’en 1973. Martin Sharp a alors 25 ans.

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Drug-fuelled

Dans la capitale anglaise, Sharp commence à se faire pas mal de potes pendant le « Swinging London ». Et pas n’importe qui.  Le génie va réaliser de nombreuses œuvres pour les plus grands : Hendrix, Jagger, Donovan en passant par Bob Dylan. Dans ses collages et ses peintures, Sharp parviendra à retranscrire avec talent l’univers psyché lié à la prise de drogue de ces rockstars, grâce à des sérigraphies combinant son trait sombre à des encres fluorescentes qui rappellent les trips sous acides. Ses dessins vont inonder la presse alternative européenne alors en pleine explosion. C’est la naissance d’un nouvel art visuel.

Plus tard à Chelsea, il devient le colocataire d’un certain Eric Clapton, à l’époque leader du groupe « Cream ». Très proche de la formation,  il dessine en 1967 les covers de « Disraeli Gears » (élue meilleure pochette de l’année par le New York Art Directors Prize) et de « Wheel Of Fire ». Il participera même à l’écriture d’un des morceaux de l’album  » Tales of Brave Ulysses ». Martin Sharp devient alors une icône dans le milieu underground et dans l’art psychédélique. Ses nombreux posters et ses affiches deviendront des classiques de l’iconographie musicale.

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En 1969, l’illustrateur retourne à Sidney et fonde la « Yellow House » (référence au peintre Van Gogh): un squat de marginaux ouvert 24/24 h à mi-chemin entre la galerie d’art et l’atelier d’artiste. Ce lieu devient la mecque du pop-art des antipodes et va attirer des milliers de visiteurs jusqu’à sa fermeture en 1973.

Après un bref aller-retour en Australie, Martin Sharp revient à Londres. Il publie un bouquin regroupant 36 collages en couleurs découpés dans des livres d’art, réunissant les travaux de Magritte et Van Gogh, Matisse et Magritte, Botticelli et Picasso : «Je n’ai jamais hésité à découper les œuvres si j’avais une bonne idée, explique-t-il. Pour moi, ces œuvres valaient le prix d’un livre. C’est ainsi que je pouvais mélanger un personnage de Gauguin dans un paysage de Van Gogh, et ainsi raconter une nouvelle histoire… »

Lundi 2 décembre 2013, Martin Sharp s’est éteint à l’âge de 71 ans dès suite d’un emphysème dans sa maison de Sidney. Pendant la dernière partie de sa vie, il avait continué de réaliser des affiches pour le théâtre et des pochettes d’album. Il laisse derrière lui l’héritage d’une ère révolue.

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A propos de l'auteur

Co-fondateur de Roads Magazine / Responsable de la rubrique Culture (sur twitter : @BonhommeVincent) / Web Designer (plus d'info sur : vincentbonhomme.github.io/resume/)

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