Un livre de Patricia Losey. Editions L’ÂGE D’HOMME, collection RUE FERROU, 512 pages.

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En couverture du livre, derrière ses lunettes de soleil, très années soixante, Patricia regarde  fixement Joe perdu dans ses pensées. Nous sommes en 1961, il tourne « Eva », film très ambigu sur la relation sado-masochiste entre l’homme et la femme, interprété par Jeanne Moreau, Stanley Baker et Virna Lisi. Joseph Losey a l’air tendu, rien ne fonctionne sur ce film ; mais curieusement « Eva » marqua la naissance du style Losey, qui tourne le dos à ce qu’il a réalisé précédemment. C’est aussi la naissance d’une amitié entre Pat et Joe qui se transformera au cours des tournages en une relation plus intime pendant 23 ans. Mais dit-elle : «  rien, jamais,  ne venait interférer entre Joe et son travail ». C’est un Losey croqué de l’intérieur qu’elle nous offre en déroulant chronologiquement la filmographie de cet important réalisateur. 

Monsieur Losey !

Rien n’est simple pour faire un film, et elle nous fait vivre tout au long de ces 500 pages, cette lutte constante de Joe contre les producteurs, les scénaristes, les acteurs, contre lui-même, pour mener à bien ses projets. A la lecture de ce livre on fait des rencontres de tout un monde qui fait rêver, qui fait partie de l’histoire du septième art. C’est à travers la petite histoire que se construit la grande. D’une anecdote qui paraît banale on s’aperçoit, au cours des pages, qu’elle a eu un immense impact sur la création du cinéma de Losey. Ce livre est une sorte de négatif, comme en photo, du superbe livre qu’avait écrit Michel Ciment en compagnie du réalisateur. Patricia le cite souvent. Elle a passé son temps à rencontrer des gens, intelligents, inventifs, talentueux, mais sa vie n’a pas été faite que de paillettes et d’hôtels de luxe. Sa vie affective a été semée de drames, de douleurs et sa deuxième vie, avec Joseph Losey, n’était pas aussi simple ; l’alcool n’arrangeait pas les relations du cinéaste au monde. Ce qui est impressionnant dans ce livre, est avec quelles précisions Patricia parle de la gestation, du tournage et de la post production des films. Certains ont été réalisés, d’autres sont passés à la trappe, certains ont été des succès d’autres non, c’est le lot de tous les créateurs. Losey c’est « The Servant », « The King and The Country », « Accident », « The Go-Between », « Don Giovanni »,  « Monsieur Klein », c’est Bogarde, Bates, Taylor, Burton, Morreau, Miles, Delon, Farrow, Vitti, Courtney, Baker, Pinter, Mercer, Legrand… et aujourd’hui grâce à ce livre : Patricia.

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