Un film de Yorgos Lanthimos avec Colin Farrell, Barry Keoghan et Nicole Kidman. Sortie le 1 novembre 2017.

L’histoire

Steven, brillant chirurgien, est marié à Anna, ophtalmologue respectée. Ils vivent heureux avec leurs deux enfants Kim, 14 ans et Bob, 12 ans. Depuis quelques temps, Steven a pris sous son aile Martin, un jeune garçon qui a perdu son père. Mais ce dernier s’immisce progressivement au sein de la famille et devient de plus en plus menaçant, jusqu’à conduire Steven à un impensable sacrifice.

L’avis

Un film fantastique ? D’horreur ? D’humour noir ? Et pourquoi pas une tragédie grecque ?  Avec Lathimos on ne sait jamais sur quel pied danser, où poser notre regard. Déjà avec « Lobster » il nous avait perdu dans un film méthaphorico-fantastico-politico etc etc.. envoûtant. Ici l’histoire est plus limpide. C’est un film de genre avec tous les ingrédients nécessaires pour nous fasciner. La tension va monter petit à petit comme dans les bons films d’épouvante. C’est une histoire à priori simple qui va se compliquer au fur et à mesure de l’avancement du scénario (il a été récompensé par le festival de Cannes et ce n’est pas innocent si le président Pedro Almodóvar a été conquis). Les rapports très ambigus au début du film entre le chirurgien et un jeune adolescent vont déboucher sur une tragique fatalité digne des tragédies antiques que Homère a su mettre en vers. On n’est pas Grec pour rien ! Et comme dans tout film d’angoisse et tragédies à l’ancienne il faut mettre des moments d’humour pour faire souffler le chaud et le froid sur le spectateur.

Oui, c’est un film qui dérange et qui peut déplaire à certains, car « Mise à Mort du Cerf Sacré » n’entre pas dans une simple case. C’est un cinéma si loin de notre culture cartésienne qu’il peut paraître prétentieux, et même vide de sens. Pour que l’ordre des choses revienne il faut un sacrifice; cette famille trop parfaite doit en payer le prix ! L’adolescent (Barry Keoghan est exceptionnel) est une sorte de Dieu vengeur qui réclame le sang pour le sang versé. Comme dans la tragédie antique, les Dieux se manifestent pour se venger dans un homme trop confiant (Colin Farrell n’a jamais aussi bien joué que dans les films de Lanthinos). On est pas loin du côté des tragédies  d’Euripide et le chant, la musique, comme à l’époque, est ici très présent et surligne le déroulement scénaristique ; c’est une musique essentiellement religieuse comme il se doit (Stabat Mater, dei Profondis, Passion …et aussi du XXème siècle (Ligeti, Gubaidulina…). Comme une bonne tragédie grecque « Mise à Mort du Cerf Sacré » suscite la terreur et la pitié ! C’est un film terrifiant et qui glace le sang… ou pas !

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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