Le 16 février 2018 la Lituanie fêtait le centième anniversaire de la restauration de son état.

© Olivier-Braive

A Gaveau, ce 8 mars 2018 l’orchestre de Lituanie dirigé par Robert Servenikas et la pianiste Mùza Rubackyté offraient un concert en présence de l’ambassadeur de Lituanie et de nombreux lituaniens vivant dans la capitale.

La célèbre pianiste, interpréta un concerto de Mozart et un de Chopin.

L’orchestre, lui, nous a fait découvrir deux pièces contemporaines : la création du Songe d’Eglé, une création de Pierre Thilloy sur un conte lituanien, et La voie Lactée de Arvydas Malcys.

La musique de Pierre Thilloy nous emporta dans des envolées sveltes et de forts moments dramatiques où les cordes insistent tandis que les cors leur répondent ostensiblement. Certains courts passages évoquent le concerto pour cordes de Nino Rota et d’autres sont plus slaves avec leurs graves tonitruants. Beau moment d’une musique de notre temps.

La composition d’Arvydas Malcys, elle, est toute en traits acérés comme chez Elgar, Barber et son fameux adagio, ou encore chez le Sibélius des études.

Composition assez aérienne et vive, la direction alerte et sautillante du chef Robert Servenikas soutient grandement ce passage de la partition à l’orchestre. Une fois encore avec cette œuvre actuelle, le temps s’est suspendu et nous a transporté.

C’est avec une certaine curiosité que nous attendions le concerto n° 23 en la majeur de Mozart interprété par Mùza Rubackyté. Cette pianiste est surtout connue pour être une grande spécialiste de Liszt. Sous ses doigts, le n° 23 est aérien, elle ne le joue pas comme une pianiste simplement soucieuse de son talent, mais comme une ballerine qui vit cette musique en l’anticipant par d’amples gestes souples et élégants qui vont se rejoindre pour donner une âme à ce concerto si connu. Ce morceau réussit chaque fois qu’on l’écoute à nous entraîner et à nous surprendre pour peu qu’on le joue avec la même sensualité que Mùza Rubackyté. C’est grâce à cette sensualité qu’elle rejoint Mozart au sommet. L’adagio, l’un des plus connus de Mozart, si souvent entendu qu’il en est presque rabâché, ne nous lasse pas dès qu’il respecte les silences, maîtrise la mélancolie et nous guide vers un désespoir presque voluptueux qui s’étire dans une belle lenteur jusqu’à l’allegro. Belle réussite.  Le dernier mouvement redonne vigueur à la vie, la redistribue généreusement avec une énergie, celle que déployait Mozart en cette année 1786, alors qu’il écrivait les Noces de Figaro.  

Le concerto n°1 en mi mineur de Frédéric Chopin fut composé en 1830 à  Varsovie juste avant que le compositeur quitte la Pologne.

Longue introduction dont on a beaucoup reproché à Chopin le manque d’invention orchestrale avant que l’attaque du piano nous replonge immédiatement dans l’univers inspiré du Polonais. Les deux thèmes chantants du premier mouvement prouvent d’emblée par une simplicité qu’il ne faut pas surcharger d’intentions trop lyriques. Chaque phrase se termine par une volute chère à Chopin et nous entraîne aussitôt dans quelques arpèges malicieux. L’interprète lituanienne respecte à la fois cette retenue et ce brio et nous rappelle sans cesse que la Pologne a une frontière commune avec la Lituanie, la frontière de la musique. Le larghetto qu’elle joue avec une grande finesse, continue sur le mode intime en n’oubliant jamais les ornements qui achèvent chaque reprise du thème. Comme dans le concerto de Mozart, la sensualité ne lui fait jamais défaut. Avec le Rondo Vivace, la grande virtuosité entre en scène, et lors de quelques envolées redoutables, la pianiste ne peut s’empêcher de scander la mesure avec ses pieds (d’où l’intérêt de porter une robe longue, confie-t-elle, à la fin du concert, la gestique est ainsi un peu plus discrète). Ses mains balaient le clavier dans une chevauchée d’accords, et même si quelques uns se perdent un peu dans la profusion des notes, le charme de Chopin opère.

Tout au long de ce  concert, le piano l’a habitée et elle a habité le piano, la symbiose a été  parfaite. Un bel anniversaire.

Jean François Robin

 

 

 

 

 

 

 

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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