Neuf films enragés d’un cinéaste engagé sortent pour la première fois en DVD dès le 11 mars 2015. Le Petit Garçon sera au cinéma dès le 4 mars, La Pendaison et La Cérémonie dès le 18 mars 2015. Et la rétrospective se tiendra à la Cinémathèque Française de Paris du 4 mars au 2 mai 2015.

Nagisa Oshima

Répondez leur Oshima !

Vous cherchez toujours quoi répondre aux éternels prêcheurs de la Nouvelle Vague qu’on se farcit depuis cinquante ans ? Répondez leur : Oshima ! Célébré par la cinémathèque en ce moment même et par Carlotta Films qui nous gratifie d’un coffret que l’on pourrait qualifier de définitif (6 dvd, 3 blu-ray, le tout en masters restaurés HD, bordel !), c’est forcément l’occasion de revenir sur Nagisa Oshima, cinéaste nippon prolifique souvent accolé à L’Empire des Sens, sorti en 1976, qui cache en fait une filmographie extrêmement riche que le coffret vient de mettre à jour. Le moins que l’on puisse dire à la vue des films qui le composent, c’est que Nagisa Oshima n’a pas volé son titre d’enfant terrible du cinéma japonais. Revenons sur trois de ces plus films les plus importants.

La Pendaison sort en 1968 et se base sur un fait divers réel, celui de l’exécution d’un coréen ayant tué et violé deux femmes puis joué avec la police, disséminant des pistes avant de se faire attraper. C’est l’occasion pour Oshima de parler de plusieurs choses : d’abord de la peine de mort, ordonnant aux spectateurs de prendre position sur la question avant de leur asséner à l’image une pendaison froide, clinique. Amateur de ruptures de ton, Oshima fait dès cette séquence terrifiante, dériver son récit vers tout autre chose. L’homme survit, revenu à un stade quasi infantile, incapable de se souvenir de ses actes et vêtu d’une innocence nouvelle; la question sera alors de savoir s’il faut ou non l’exécuter une nouvelle fois alors même qu’il n’est plus lui même. Virant à la farce tragique, les officiers vont alors rejouer les actes meurtriers du garçon pour tenter de lui faire recouvrir la mémoire dans des séquences à la fois hilarantes et particulièrement malsaines. Dynamitant son huit clos par une caméra énergique bien loin de la sécheresse des films de la Nouvelle Vague française, Oshima prend partie pour une Corée bafouée par l’annexion du Japon, donnant ce meurtre pour « le seul moyen de se venger ». Vous l’aurez compris, Oshima est un orfèvre (le montage est époustouflant), mais un orfèvre enragé, violent, subversif, se permettant même de remercier le spectateur pour avoir participé à cette exécution, comme un dernier coup de poing avant de conclure son film. Drôle, tragique, inventif, poétique, La Pendaison trouvera son succès chez une jeunesse nourrie de contre-culture et avide de spectacle frondeur.

Le Petit Garçon qui sort l’année suivante témoigne des approches plurielles que fait Oshima de son média. Sorte de road movie désespéré, le film suit une famille dysfonctionnelle qui survit en faisant semblant de se jeter sous les voitures pour soutirer de l’argent aux conducteurs. Plus classique dans sa narration, moins délirant, Le Petit Garçon convoque un tout autre régime d’émotions, annonçant avec ses longs plans fixes, parfois vides d’action, le cinéma d’un Takeshi Kitano.

En 1971 sort enfin La Cérémonie et vient quelque part mêler les aspirations des deux films précédents. Prenant pour personnage principal un jeune homme que nous allons voir grandir au sein d’une famille encore plus auto-destructrice que celle du Petit Garçon, Oshima revient à quelque chose de plus acerbe et social, faisant de cette famille le miroir des bouleversements que connaîtra le Japon d’après-guerre. C’est aussi le retour de la théâtralité qui animait La Pendaison. Avec La Cérémonie, la question est un mariage dont la mariée est absente, les protagonistes faisant tous semblants de la voir pour sauver les apparences. Oshima ne cesse ainsi d’éreinter une société où l’on joue son rôle jusqu’à l’absurde et dont le suicide semble être la seule porte de sortie.

Convoquant avec une maîtrise hallucinante une grammaire cinématographique complexe (voix off, filtres de couleurs, récit éclaté entre passé et présent), Nagisa Oshima pose une base solide à ses récits pour mieux déconstruire tout ce qui soustend la société qui l’a enfanté. Cinéaste engagé et aventureux qui n’hésita pas à claquer la porte des studios pour créer sa propre société et mettre à bien le cinéma punk auquel il aspirait, on ne peut que vous conseiller de courir à la cinémathèque ou vous procurer le coffret de Carlotta et découvrir l’œuvre d’un cinéaste important dont l’esprit rageur semble trouver son héritage contemporain chez Sono Sion notamment. Vous aurez en tout cas de quoi répondre à celui qui vous dira que L’Enfant Sauvage de Truffaut était un sommet d’invention cinématographique, la même année sortait La Pendaison, et c’est quand même autre chose bordel. Donc je vous le dit et vous le répète : Répondez leur : Oshima !

A propos de l'auteur

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.