Portraiturer Patrick, un exercice du troisième type, je l’avais pressenti. Nul besoin d’être un grand visionnaire pour reconnaître une personne à part, du premier coup d’œil. Perché sur son vélo rouge, il est apparu exactement à l’heure pour notre rendez-vous. Comme souvent, Patrick porte un jean acidulé tombant sur une paire de chaussures bicolores. Etre sans âge, mi-enfant, mi-adulte, mais jamais grand-père, il cherche ses marques, timidement, à une table en terrasse.

Numériser 1

–       «On commence par quoi, me demande-t-il, un peu inquiet

–       Par le début, flash on, Patrick Vidal !»

Patrick Vidal est né au Maroc, mais toute son enfance, il l’a passé à Lyon. Logiquement, à la manière d’un automate-journaliste, je lui demande comment il a commencé la musique. Et forcement, à question stupide et mécanique, réponse stupide et mécanique…

–       «En écoutant de la musique. J’écoutais les 45 tours de mon frère qui était plus âgé que moi.»

Bref, comme tout le monde.

Je lui demande alors si ses parents l’ont bercé dans un univers musical depuis son plus jeune âge. Négatif. Alors, il vient d’où le génie ? Des Beaux-arts ? Probablement pas, puisque même s’il voue à l’art un amour sans borne, il n’y est resté qu’un an, starification punk-rock précoce oblige.

« Real Wild Child »

Adolescent, Patrick découvre le Rock décadent au tout début des 70’s. Il me confie que cette musique a véritablement changé quelque chose pour lui : « A cette époque, une famille s’est créée en dehors de moi (Warhol, la Factory, etc…) » m’explique-t-il.

C’est l’escalade de la violence, le jeune Patrick découvre David Bowie et Alice Cooper. Le make-up, la gestuelle et bien sûr la musique de ces deux personnages le fascinent. Il ne le sait pas encore, mais c’est déjà trop tard, il sera artiste, ad vitaem æternam…

A cette époque, le trip hippy fait des ravages chez les jeunes. La machine à clones chevelus marche à plein régime, mais ça n’atteint pas Patrick. Dieu soit loué, il n’avait que douze ans en mai 68 !

Au lycée, il s’enquiquine: « j’étais un garçon très timide, peu expressif, je ne parlais presque pas en classe, je ne participais pas parce que ça ne m’intéressait pas. Il n’y avait pas assez de littérature américaine au programme…. » Pour tuer l’ennui avant que l’ennui ne le tue (ou ne le transforme en mec normal), il commence à jouer de la musique en 1973 le dimanche avec les Star-Shooter : « je reprenais les hits rock de l’époque, mais j’avoue que Bowie c’était impossible à chanter, alors je chantais plutôt du Brian Ferry. »

Après quelques séances dominicales de rock, Patrick et Eric, son meilleur ami de l’époque, également guitariste, décident de monter un groupe ensemble. Peu après, les deux acolytes sont rejoints par Marie, au départ chanteuse puis, très vite, placée derrière la batterie.

Le groupe de teens joue pour la première fois devant un public en 1975, à la fête de leur lycée. Ce jour là, l’esprit « Velvet » envahit les couloirs du bahut Saint-Exupéry de Lyon. Curieux, je demande donc des détails. Patrick me répond: : « On a fait quelque chose de très « Lou Reedsien », d’ailleurs on a quasiment repris que des titres du Velvet pendant le concert. C’était notre manière à nous de retranscrire le Rock décadent, et du coup, ça a été un choc pour nos professeurs qui ne nous connaissaient pas de cette manière. »

Effectivement, les profs ont du avoir un choc en voyant cette bande d’adolescents qu’ils croyaient «sans relief » arborer des coupes courtes à la Edwige, assorties aux ongles peints en noir… Il faut dire que sous Giscard, le style « Factory » était peu courant chez les adolescents gaulois… « Le personnage qui s’est révélé sur scène était à l’opposé de celui qui j’étais dans la vie quotidienne » résume-t-il.

Une question me traversait l’esprit :

–       «  Patrick, comment pouvais-tu être au courant de ce qui se faisait aux USA à cette époque là ? 

–        Je lisais beaucoup les auteurs de la Beat Generation. Burroughs, Selby, et plus tard John Fante. Et puis, le cut-up de Brion Gysin me fascinait. »

Pas de doute, le kid était novö, jusqu’au bout des ongles !

Rapidement, emportés par la vague punk, Marie et ses amis rencontrent le succès. Avec une certaine dose de culot, les Ovnis du lycée Saint-Ex. s’envolent : « La plupart des formations punk de l’époque n’étaient pas composées de grands musiciens, on avait donc absolument pas honte de jouer avant des groupes qui n’étaient pas vraiment plus expérimentés que nous. »

Grâce aux imports qu’il trouve chez Musicland (l’équivalent lyonnais de l’Open Market), Patrick s’alimente autant qu’il le peu en nouveautés de l’époque: « Là bas, j’achetais mes premiers 45 tours des Sex Pistols ou des Talking Heads. »

Sans ces vinyles, le futur ex chanteur des Garçons n’aurait probablement jamais entendu parlé du punk, puisque soyons francs, la presse musicale de l’époque n’avait pas grand chose d’avant-gardiste : « Rock and Folk était en retard ! Avant de mettre Johnny Rotten en une, ils ont attendu trois ans quand même… » Et sans Yves Adrien, le magazine mythique du Rock français aurait pu légitimement s’appeler « Pop and Flop. »

« Je me souviens d’un de leurs articles au sujet des Talking Heads (rédigé par leur envoyé spécial à New York), dans lequel le journaliste concluait que « David Byrne chantait comme un poulet et que ce groupe ne ferait jamais rien… » me rappelle Patrick. « Laughing Out Loud » dirait-on aujourd’hui… Heureusement, il y avait Alain « Slow Death » Pacadis : « first thing you learn is that you ALWAYS have to wait. »

Patrick lui cite plutôt Michel Esteban, le fondateur de Rock News : » c’est LE magazine qui nous a scotché. On était seuls au monde, et grâce à cette publication, on s’est rendu compte qu’à Paris, des gens aimaient la même chose que nous. »

Les petits lyonnais envoient donc une cassette chez Rock News, et surprise, Esteban les adore instantanément. Entre temps, Marc Zermati et Philippe Manœuvre étaient déjà venus assister à l’une de leurs répétitions à Lyon. Au passage, Zermati leur trouve un nom à la Godard, « les Garçons Sauvages » deviennent « Marie et les Garçons. »

Mais à l’époque, « Mister Z » n’est pas vraiment « dans le même trip » que les garçons, et Patrick et ses amis refusent de travailler avec lui. C’est donc Esteban qui hérite du management du groupe. « Avec Michel, ça a directement accroché, c’était un véritable dandy » m’explique-t-il.

« Success »

Le nouveau producteur leur paye leur premier 45 tours sur le label « Rebel. » Pour la première fois, la formation au complet monte à Paris et enregistre en studio. Le seul problème, c’est que les ingénieurs du son de l’époque n’étaient pas aguerris aux spécificités techniques du rock décadent… Non sans mal donc, ils sortent leur premier morceau.

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Puis, le groupe prend la direction de Mont-de-Marsan pour participer à son premier festival. A cette occasion, le jeune journaliste Jean-Eric Perrin (Frenchy But Chic) les suit pendant leur « first » tournée, toujours avec une rose (l’emmerdant !) pour la belle Marie.

A bord de leur camionnette, « Marie et les Garçons » sillonnent la France, et partout où ils passent, les gens sont séduits par leur côté décalé : «  On était très sages, pas du tout habillés en punk. On voulait quelque chose de très calme visuellement, et de très violent au niveau musical. » 

La fac est déjà loin derrière lui : en 1978, Patrick et ses potes sont dans une autre stratosphère. Qualifiés « d’espoir New Wave de l’année » aux Midem, John Cale (Velvet Underground) les repère… Direction New York pour le groupe. A la clef, l’enregistrement de Re Bop, leur incontournable « hit. » Les kids lyonnais qui rêvaient de « Factory » sur fond de Star Spangled Banner débarquent au cœur de la grosse pomme. Le choc culturel et de taille, Patrick est sous le charme. « On est resté cinq jours à NY au Arlington Hotel, un truc « glauquissime ». A l’époque, New York, c’était nettement plus impressionnant qu’aujourd’hui, puisque c’était une ville très violente, presque en faillite. »

A peine le temps de profiter de l’Amérikkke, que déjà, le succès les rappelle en France. « Le lendemain, on a reçu un coup de téléphone : il fallait qu’on rentre à Paris pour  faire la première partie de Patti Smith à Pantin. On s’est retrouvé jetés sur scène face à 15 000 personnes, c’était assez flippant ! »  Malgré la pression et le manque d’organisation (les roadies british refusent de les aider), l’expérience est couronnée de succès, et la rockeuse à moustache leur propose même de faire toute la tournée avec eux, mais le staff de la rockstar refuse de s’occuper des petits Frenchies… Avortement ! Patti leur file 2,500 francs chacun (une jolie somme pour l’époque) et leur souhaite bonne route. This is the END, but…

Dans le milieu underground et branché, Marie et les Garçons sont déjà des stars : « Selon les critiques de l’époque, Re bop était génialissime. De plus, comme on était sur le label de John Cale, ça nous faisait bénéficier d’une certaine couverture médiatique, on était crédibles. »

Désormais, les kids lyonnais remplissent les salles seuls, Distinction ultime : le groupe fait même les premières parties des mythiques Talking Heads : « David Byrne était un garçon d’une timidité maladive. Je l’ai rencontré en 1977 à Lyon, ils (les Talking Heads) faisaient la première partie des Ramones. Puis ensuite, nous sommes devenus amis. » Elle est pas belle la vie ?

« Isolation »

Mais Patrick n’a jamais été un mouton (ou alors un noir) qui « suit le reste du troupeau. » Fascinés par la disco, Marie et ses mecs se détachent déjà progressivement du Rock et du Punk : «  le courant ne passait plus avec les autres groupes de rock de cette époque, puisque on s’orientait déjà vers un répertoire très « discoïde » (pas encore disco). Du coup, ça donnait des morceaux quasiment sans texte, comme « conversation » (un seul mot), ou Tokyo-Pekin (description en deux mots). Les gens ne comprenaient plus rien, et on s’est fait jeter de scène très souvent. On ne voulait pas jouer fort, on s’habillait tout en blanc, on commençait à faire des morceaux disco, on refusait même de jouer Re Bop. »

Inconsciemment, le groupe se saborde, le public ne suit plus, et parfois même, ils se font siffler pendant leurs concerts. Les gens n’étaient peut être pas encore prêts pour ce genre de choses, ils venaient tout juste de découvrir le punk. Comme les New York Dolls : too soon ! Michel Esteban était certes un visionnaire, mais de son propre aveu, Patrick me confie « qu’un manager anglais par exemple, ne les aurait jamais laissé faire ça. »

Pas contrariant, Esteban, le visionnaire donc, leur propose de partir enregistrer un album disco complet à New York, pendant un mois.

A la même période, Patrick doit « servir la France », et il s’en va en Alsace pour faire son service militaire. « J’y suis resté trois semaines et pour me faire réformer, j’ai refusé de manger, donc à la fin, il m’ont envoyé en hôpital psychiatrique pendant cinq jours, à Dijon » se rappelle-t-il. Le deal était clair : c’était soit le costume de soldat et la corvée de patates pendant plus d’un an, soit l’album disco à New York. Alors, le choix était vite fait… « Même si l’armée prétendait à l’époque n’avoir pas peur du sang, ils (les militaires) avaient quand même très peur que quelqu’un leur claque dans les doigts ces abrutis ! » Faute de pouvoir faire de Patrick un bon petit soldat-citoyen, la Haute Autorité a donc préféré le rendre à la vie civile!

Retour gare de l’Est, où Esteban l’attend en Rolls Royce : « On a fait un tour de Paris à la main bleue et au palace, en écoutant la musique à fond. » Back to reality, départ to « the Big Apple. » Une fois sur place, les choses se corsent. Bob Blank, le producteur ultra-coké du label Ze Record trouve que le son des Frenchies ne sonne pas assez disco. Pas grave, sauf pour Marie qui pensait enregistrer un album très rock… « A l’époque, elle était dans la dope, elle arrivait toujours en retard aux répétitions, donc à un moment, ce n’était plus possible… Elle est rentrée en France au bout de trois jours, et nous, nous sommes resté. Marie et les garçons est devenu « Les Garçons ».»

De leur côté, les « boys » trouvent un nouveau batteur, un monstre de studio capable de tenir la cadence infernale imposée par le rythme frénétique de la disco. « Comme les prises à l’époque se faisaient en une seule fois, il fallait quelqu’un qui puisse tenir un rythme de 132 bpm à la batterie, donc c’était impossible pour Marie de faire ça » me lâche Patrick, un peu ému…

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En un mois, l’album est bouclé, enregistré. Phonogram (Phillips) signe « les Garçons. » Seule ombre au tableau : Michel Esteban à beau être quelqu’un de génial, il n’en demeure pas moins un « escroc. » « Il n’a jamais payé le studio alors que la maison de disque lui avait laissé une avance de 150.000 francs. » Puis, il poursuit, « à la place, il avait acheté un manteau de fourrure à sa copine, Anna, avec qui nous avons vécu deux mois. Cette Anna, c’était Anna Wintour. »

« Ugliness » 

Une nouvelle tournée commence, Jean-Charles de Castelbaljac conçoit leurs costumes de scène, « the boys are in, » ils jouent même au Palace ! En parallèle, Phonogram veut que l’album soit purement disco, alors qu’à la base, le groupe souhaitait plutôt opposer la chaleur des sons discos à la froideur de morceaux très minimalistes, millimétrés. Mais le groupe explose avant même la sortie du disque « mon coming out a provoqué une cassure, je n’appartenais plus à la famille du groupe. Le soir, la disco me poussait à sortir sans eux, à fréquenter d’autres personnes… » Moi même un peu choqué, je demande à Patrick de m’expliquer les détails de son éviction…

–       «Pourtant, c’était toi la voix du groupe !

–     Eric et moi, on été les deux leaders. je me suis rendu compte que finalement, nous avions évincé tout le monde du groupe pour se retrouver face à face, me répond-t-il.»

Eric : 1 / Patrick : 0

Puis, il poursuit son analyse : « C’est bizarre que les autres ne se soient aperçu de rien, puisque à l’époque je n’avais pas du sexualité. Un jour, j’ai rencontré un mec à Lyon, je leur ai présenté, et voilà… »

De toutes façons, les autres garçons voulaient faire de la pop(inette), clairement pas la came de Patrick…

Retour à Lyon chez ses parents, jusqu’au jour où les droits d’auteur arrivent. Là, il part pour New York avec Michelle, une amie : « Je suis resté presque un an, comme ça, sans travailler, à profiter de la ville jusqu’au au moment où je n’avais plus d’argent, et je suis rentré avec cinquante francs en poche. »

Deuxième retour chez les parents, Patrick déprime complètement, son Lyon natal devient sa prison : « j’avais l’impression de me cogner contre des murs invisibles en permanence. Il n’y avait rien de ce que j’aimais, c’était horrible. Je suis rentré avec un ghetto blaster et tout l’attirail du pafait New yorkais. Je coupais mes tranches de pain en triangle, comme aux US. »

« Butt Town » 

Heureusement, le blues prend fin, et il décide de partir à Paris, chez Nicole, la sœur de Michelle, son amie de toujours. En juillet, Patrick le DJ nait : « J’avais jamais mixé, et en juillet 1982, je suis devenu DJ résident aux Bains Douches. Après, ça a fermé quelques mois à cause de la dope, et ça a ré-ouvert en mars. J’y suis resté quatre ans. »

De retour dans la partie, Patrick revoit Michel Esteban qui lui propose de rejoindre Octobre, un groupe rennais. Un album sort chez EMI, et le groupe fait même la première partie de David Bowie à Auteuil, avant d’enchainer sur une tournée et… de changer de nom (Senso). En même temps, Patrick continue avec Octobre, mais il y a un problème : les ambitions de Frank, son collègue, ne correspondent pas avec les siennes : « le régionalisme de Frank, c’était insupportable, sa volonté de rester breton en Bretagne… »

 Les maquettes qu’il avait réalisé avec le groupe en 1987 se transforme en album solo (1990) : « L’album solo que j’ai fait était très pop, et en plus ma voix est très proche de celle d’Etienne Daho, on a la même tessiture de voix, et ça me fait chier, je n’aime pas m’entendre comme ça. »

 Puis, une compilation « Live » de Marie et les Garçons sort. Comme d’habitude, les critiques sont dithyrambiques, et les ventes… anecdotiques.  De plus, l’aspect « showbiz » du système n’a jamais séduit Patrick : « Ca ne m’intéresse pas, de jouer un jeu de concessions, de serrer en permanences la main de gens que je ne respectais pas. Quand j’ai produit Graziella, on s’est retrouvé chez Nagui, Dechavanne, mais moi je ne supportais pas tous ces gens qui te disent: « Hello ma poule » non-stop. Ils ne sont pas méchants, mais ils ne m’intéressent pas. »

Alors, pourquoi ses groupes n’ont jamais vraiment fonctionné dans la durée? Il me livre sans complexe son analyse du problème : «  Il faut dire que la France est d’une tristesse sans non pour tout ce qui concerne les groupes indies. On a jamais vraiment su produire de groupes ici, les producteurs privilégient les artistes solo, plus facile à produire, à gérer. A part Téléphone, Noir Désir et Indochine, il n’y a jamais rien eu. Ca leur a toujours fait peur de gérer des groupes de cinq mecs, ils n’ont jamais su le faire. » Pas faux, n’est-ce pas ?

« New values »

La période faste des groupes punk/rock touche à sa fin dès l’année 1988, le rock devient plus grunge, la disco est remplacée par la dance dans le cœur des masses, et globalement, la musique « s’électronise. » Parmi l’ancienne génération, peu avaient anticipé ce virage « robotique » des mélodies à succès, hormis peut-être Yves Adrien, « je chante le Rock électrique » (Novövision) et Patrick Vidal, qui d’ailleurs me raconte à ce sujet : « En 1989, avec Christophe Monier, on a sorti le premier maxi techno en France sur Rave Age Record, le morceau s’appelait SEXE. »

Pourtant, malgré le caractère indéniablement novateur de ses productions musicales, Patrick et son acolyte peinent à rencontrer le succès : « On faisait de l’electro-house hyper dark, et toutes les maisons de disques ont refusé nos maquettes… Elles étaient trop sombres et arty pour eux, qui cherchaient plutôt du commercial. On a fait ça pendant sept ans quand même, de 1989 à 1996. Et puis, au bout d’un moment, vu que rien ne sortait, j’ai un peu laissé tomber le truc. » 

Mais les grands esprits finissent toujours par se rencontrer, et grâce à des relations en commun visiblement bien intentionnées, Pat’ rencontre Sally Rodgers, les génies british de l’electro qui lui proposent de sortir le remix de l’album disco des Garçons (avec A Man Called Adam).

Peu après sort Sutra avec Thomas Bourdeau (produit par Mirways), un corpus de morceaux incroyablement darks qui ferait passer Vincent Lacoste pour un animateur Club Med. Seul problème : l’album ne sortira jamais en France, le projet ayant avorté avec Columbia : « On a faillit signer chez Columbia, avec Didier Varod. Mais il a été viré juste avant, à cause de l’album de Carole Laure qu’il avait produit, qui avait coûté une fortune, et qui n’avait rien vendu. »

« Mixin’ the colors »

« Je pense que j’aurais pu faire une carrière à la Jean-Louis Murat, sans concession… » me lâche Patrick, sans aigreur. Il poursuit : « A l’époque, chez EMI, il y avait Pascal Obispo et moi, qui m’avait remplacé dans le groupe que j’avais avec Frank. Du coup, le premier album de Pascal était l’album d’Octobre qu’on avait pas fait. »

A la même époque, « Pat’ le disquaire » continue de se démarquer des autres DJ :« Je n’ai jamais rien fait par opportunisme. Dans les 90s, je trouvais la latin house formidable, j’adorais ce côté vulgaire très sexy, alors qu’on était en pleine french touch très électro jazzy. »

Mais à force, la nage à contre-courant ça fatigue. En 2000, Patrick s’épuise et arrête la musique : « j’en avais assez de faire de la musique pour que seuls mes copains l’écoutent »

 Vient alors le temps de l’organisation de soirée, en plus du « mixage » : « C’était quelque chose de très lourd. Donner du plaisir aux gens, ça a guidé ma vie. Seulement, comme je suis perfectionniste, pour arriver à un résultat qui frôle l’excellence, j’étais souvent déçu. Et financièrement, c’est compliqué la perfection. »

Certes, les soirées « Tétu » à la Maroquinerie resteront dans les histoires de la nuit parisienne, mais les revenus ne suivent pas, et le bénévolat a ses limites.

Pour subvenir à ses besoins et défendre sa si chère indépendance qui lui est si chère, Patrick est aussi sound designer depuis 1997 : « je bosse pour des magasins de luxe comme Givenchy, Chloé, etc… Ca m’a permis d’être assez libre financièrement. Mon vrai métier, c’est musicien chanteur, le mix, ce n’est qu’un plaisir pour moi » me confie le DJ le moins conforme dans Paris.

Là, je me questionne, moi qui croyait que sa vie était entièrement orientée autour du mix :

 « -Patrick, si tu aimes tant « créer » de la musique, pourquoi n’en fais-tu plus actuellement ?

-Je suis trop versatile et je n’arrive pas à me focaliser sur une seule et unique chose. Le problème, c’est que je me lasse très vite. Je ne suis pas sûr que j’aurais réussi à faire une tournée de trente dates, de chanter à chaque fois les mêmes morceaux… C’est d’ailleurs aussi un problème dans le mix, je ne passe que des trucs que j’aime. Je n’ai jamais passé un David Guetta ou un Bob Sinclar…. »

N’étant pas pleinement satisfait de cette réponse, je décide donc de creuser encore un peu :

–       « Penses-tu vraiment ta versatilité soit la seule raison pour expliquer  plus faire de musique ?

–       Je ne suis jamais tombé sur un mécène ou un guide spirituel qui m’aurait laissé faire ce que je voulais, sans me restreindre artistiquement. (Warhol, Bergé, etc…) Je suis malheureusement tombé sur Michel Esteban qui était un type génial, mais qui était un escroc. Et puis, j’ai toujours eu une longueur d’avance sur trop de monde. »

Too soon, AGAIN !

 Exceptionnellement en 2009, Marie et les Garçons se reforment à l’occasion d’un festival punk lyonnais, sans Marie, décédée dans les années 1990 d’une rupture d’anévrisme, mais avec à sa place sa fille, Diane. « Les problèmes d’il y a trente ans sont revenus, intacts. Eric voulait qu’on rejoue des textes qu’on avait composé quand on avait 16 ans, et surtout qu’on avait jamais joué à l’époque. J’ai refusé, on avait plus 16 ans ! J’aurais voulu que Marie et les garçons soit encore quelque chose de moderne… » m’explique Patrick, visiblement un peu amer…

« Patrick et les Garçons »

Oui, Patrick Vidal est gay, mais l’esprit libre qu’il est refuse d’adopter des codes gays qu’il trouve stupides : « J’ai beaucoup de mal avec les codes gays que je trouve très durs, très rigides, ils poussent presque au sectarisme, à la limite du fascisme. Aujourd’hui, tous les gays sont des clones. »

En tant qu’hétéro de base (comme dirait Jenny Bel’Air), je ne suis pas totalement sûr de comprendre ce que sont vraiment ces codes gays, alors, je cherche des précisions, et Patrick me répond, sans tabou : « Les codes gays, c’est se parler au féminin par exemple, et ça je déteste, je ne comprends pas. Etre pédé, c’est juste aimer les garçons et coucher avec eux. Si pour ça il faut tortiller du cul et s’appeler « ma salope » à tout bout de champs, je refuse. »

Même s’il est homo, Patrick ne sacralise donc pas le Marais et ses habitants, au contraire de certaines « grandes figures » du milieu : « Je ne suis pas d’accord avec Didier Lestrades qui dit que les gays ont fait énormément (voir plus que les hétéros) pour la musique. C’est vrai, mais à une certaine époque, et seulement à NY, Londres et Paris. Or, dans les boites de pédés en province, on était très loin de la disco pointue et de la new wave new yorkaise. Les mecs écoutaient de la merde, de la variété,  du Dalida, du Claude François… »

Frappant de réalisme, « Sir Vidal » enchaîne : « Je ne vois pas pourquoi les gays auraient l’exclusivité du bon goût, de l’excellence ou de l’intelligence. La beaufitude chez les pédés, ça existe. C’est très cliché de penser que les homosexuels sont tous raffinés et intelligents, il y a plein d’homos totalement graveleux. »

Et puis, simple fait d’observation, mais comme chez les hétérosexuels, les fantasmes évoluent si peu au cours du temps. Alors que depuis des décennies, « l’homme à femme » se masturbe en pensant de préférence à une blonde à forte poitrine, les gays ne font pas beaucoup mieux en terme de créativité, et ça, Patrick me le confirme aussi : « Cela fait vingt ans que dans la presse gay, les magazines véhiculent le même fantasme du grand mec barbu, musclé, en slip blanc, et de préférence (si possible) avec une grosse bite… » 

Moi, je me pose la question : A-t-on vraiment le choix ? Selon Patrick, oui : « je trouve que le milieu cuir par exemple est beaucoup plus intéressant que ce qui se fait d’habitude, on trouve dans ces clubs une très grande variété de personnes. » Ahhh, le cuir…

Et le mariage alors ? « Je suis à 100% contre le mariage (gay ou hétéro), ce mot m’ulcère, et je n’ai jamais voulu avoir de gosses » me confie un Patrick honnête, avec une nuance cependant : « Le mariage gay ultimement, je ne peux pas être contre puisque je sais à quel point c’est important pour beaucoup de gays qui ont énormément souffert d’être rejeté par leur famille et par la société en général.  En plus, c’est ringard de dire « j’ai un mari ! »

Cohérent, il conclue ce sujet: « j’ai été manifester il y a quelques mois en faveur du mariage pour tous parce que le débat prenait une tournure malsaine et outrageante, puisque des gens assimilaient les homos à des pédophiles ou des zoophiles. »

Enfin, comme il l’explique, être gay ne signifie pas être esclave de sa sexualité : « Je pense que le « moi, »  ma personne, est plus importante que ma sexualité. »

 Le boucle est bouclée, This is the end…

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