Edition de la Fondation Jérôme Seydoux – Pathé, 304 pages.

Au Musée de la Fondation Jérôme Seydoux – Pathé, outre l’exposition permanente, les expositions temporaires, les projections de films (en ce moment « L’Immigration » jusqu’au 28 mars puis « Les Enfants du Cinéma Muet » jusqu’au 18 avril) il y a un vrai travail de documentation qui est fait sous la coordination de Stéphanie Salmon. La découverte de 138 cahiers et d’un livre de fabrication rassemblant les rapports de recherches des ingénieurs de la société Pathé entre 1905 et 1927, constitue un apport fondamental pour l’histoire des techniques du cinéma. Pathé était alors la principale société cinématographique du monde. Pour fournir le matériel et miner la concurrence, il fallait tout inventer : imaginer ce qu’était la pellicule, élaborer des images en couleurs ou même en relief, étudier les possibilités sonores, résoudre les problèmes liées à la production de pellicule, créer le montage, les intertitres. Ce livre qui raconte une part importante de l’histoire du cinéma est fondamental. Que serait le cinéma sans tous ces ingénieurs, ces salles de montage, ces laboratoires où physique, chimie ont permis de faire évoluer la création artistique.

Le livre est divisé en trois grands chapitres : Organisation et Pratique du Travail – Recherches et Innovations – La Couleur, eux-mêmes divisés en sous chapitres et chacun écrit par des gens de tous horizons et de tous pays – historiens, historiennes, chercheurs en cinéma, professeurs de l’art et d’études cinématographiques, ingénieurs, réalisateurs, chefs opérateur, restaurateurs de films – . C’est un livre qu’on feuillette tant le propos est dense ; dans ces années tout était à inventer et la demande devenait de plus en plus importante et exigeante ; il fallait distribuer un maximum de copies ; c’est par le fameux sigle, le coq, que la société fidélisa le public, les distributeurs, les exploitants de salles. Améliorer la qualité du support était important pour que l’image soit parfaite pour un public qui demandait au fur et à mesure des années de plus en plus de qualité visuelle. C’est à Joinville le Pont que ces ouvrières, techniciens, ingénieurs étaient installés.

C’est l’époque où sont inventées les actualités qui jusque dans les années 70 ont permis à de nombreux chef opérateurs de débuter ; c’est aussi la naissance du montage et de ce qu’on a appelé le montage alterné ; les recherches sur la couleur et sur le cinéma en relief ont été expérimentées et on  trouve encore quelques films. Ces textes sont très précis et une sorte de poésie s’en dégage ! C’est dans ces temps « anciens » que sont inventés les intertitres qui seront si importants pendant tout le temps du cinéma muet et que certains réalisateurs comme Tarantino ont remis à la mode. Ce sont des documents inestimables pour dater les films qui restent encore visibles. Ces cahiers de recherches permettent une histoire non technicienne tant les pistes sont nombreuses, une manne pour les historiens et sont essentiels pour une meilleure connaissance de l’histoire du cinéma. Un bel ouvrage avec des photos surprenantes.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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