Un film de Luis Berlanga avec Casto Sendra, José Luis López Vászquez et Elvira Quitillá. Sortie en salles et DVD le 27 mai 2015.

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Ce film de 1961 a été nommé comme meilleur film étranger pour les Oscars et sélectionné à Cannes malgré son scénario subversif sur la société espagnol sous Franco. À la veille de Noël, un industriel, roi de la cocotte-minute, organise une grande campagne de charité avec pour slogan : « Invitez un pauvre à dîner pour le réveillon! ». Défilé de starlettes et reporters seront de la partie. Afin de remplir cette délicate mission il embauche Plácido Alonso un modeste travailleur, endetté jusqu’au coup et sous la pression des huissiers pour payer la traite de son triporteur.

Après « Bienvenue Mr Marshall », une comédie à charge sur les Etats Unis et leurs soi disant aides pour moderniser le pays, et avant le terrible « El Verdugo » sur la mesquinerie de la société franquiste (voir sur le site le compte rendu), Luis Berlanga  avec « Plácido » se fait encore plus grinçant et son rire dissimule à peine le pessimisme qu’il a face à cette société bloquée par le Franquisme ; une société dite chrétienne, mais conservatrice et avide d’un matérialiste à outrance. L’idée du scénario lui est venue par la campagne imaginée par le régime qui, sous le slogan « recevez un pauvre à votre table », prétendait renforcer dans le pays un sentiment de charité envers les plus nécessiteux. C’est par la comédie, comme celles que réalisaient en Italie, Risi, Comencini, Monicelli, De Sica, qu’il a pu critiquer un régime où la censure était extrêmement vigilante et présente.

Les pauvres dérangent surtout lorsqu’ils font exprès de mourir en plein réveillon et en état de péché ! Pendant tout le film on rit jaune, on est dans le registre de ce qu’on appelle le picaresque espagnol ; rarement l’individualisme a été traité de la sorte dans un film. On peu remarquer que la réalisation est faite de telle sorte qu’il n’y a pas de contrechamps ! Ces pauvres n’ont aucune reconnaissance de ce qu’on fait pour eux. Ils sont aussi misérables que les bourgeois qui les reçoivent. Buñuel, l’année précédente, avait fait scandale avec ses pauvres dans « Veridiana », et avait obtenu la Palme d’Or. Il est évident qu’aujourd’hui ce genre de film serait démonté par la critique et il ne serait même pas produit. En ces temps là il y avait des réalisateurs qui osaient et qui risquaient leur carrière, aujourd’hui on nous propose des films qui distillent de l’eau tiède (voir le palmarès franco-français de Cannes). « Plácido » est une satire impitoyable, sans pitié, mais fait avec truculence. Berlanga a cette terrible conclusion : «  lorsque l’on veut aider les gens par force on leur fait plus de mal que de bien », oui mais ce film nous fait un bien fou.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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