De ses débuts comme simple charmeur de mondaines à son apogée d’homme qui, à lui seul, a fait vaciller la IIIème République, Alexandre Stavisky a marqué son époque. Entre attrait malsain pour les histoires de malfrats et dégout profond pour ces bandits qui pillent le peuple, l’histoire du beau Sacha a au moins eu le mérite de captiver le peuple…

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« Si elle eut plus de retentissement que toutes les autres, c’est qu’elle allait servir de prétexte à une espèce de révolution politique aux émeutes du 6 février, sorte de manœuvres préliminaires à l’occasion desquelles furent lancées pour la première fois certaines des formules destinées à être reprises lors de la « Révolution Nationale » de juillet 1940, qui, au lendemain de notre défaite, marqua la fin de la Troisième République. » E. Beau de Loménie au sujet de l’affaire Stavisky.

L’histoire de Sacha Alexandre Stavisky, c’est simplement celle d’un fils d’immigrés juifs qui, dans un délire de mégalomanie, réussi à arnaquer le système tout entier. À son arrivée à Paris, Sacha est scolarisé dans une école des beaux quartiers où il fréquente les enfants de la bourgeoisie parisienne. Son père, un simple prothésiste dentaire, ne peut pas offrir à Sacha le train de vie auquel, très tôt, son fils aspire. Alors, Sacha Stavisky commence par dérober de petits lingots d’or qu’utilisait son père pour son travail dans le but de les revendre ensuite, à de petits boutiquiers de la rue des Blancs-Manteaux.

 À vingt ans à peine, Stavisky se voit une carrière d’artiste. Éphémère chanteur dans quelques Boui-Boui parisiens, il est très vite dégouté par les critiques sans ménage que formulent le public et ses camarades à son égard. N’est pas chanteur qui veut…

Des débuts laborieux

En 1912, c’est à partir de là que Stavisky commence réellement sa carrière d’escroc en fondant une officine d’affaire Rue Caumartin. Après quelques petites escroqueries, la justice ordonne la fermeture de la boutique. Pas assez gros pour intéresser les juges, pas assez riche pour éviter la police, Stavisky est contraint, quelque temps après, de quitter la France.

Réfugié à Bruxelles, le début de la première guerre mondiale le force à revenir en France où il n’a pas d’autre choix que de s’engager dans la légion étrangère. Après quelques mois passés au front, il revient dans l’hexagone et vagabonde en province. En 1916, il passe à Paris et se fait condamner à 6 mois de prison et disparaît avant de définitivement revenir à la capitale en 1917.

À 30 ans déjà, Stavisky semble usé par la vie et sali par la guerre. Cheveux longs, moustache mal rasée et l’air mal assuré, il n’inspire rien qui fasse rêver. À son tableau de chasse, il ne peut revendiquer que quelques aventures avec des femmes de cafés-concerts. Rien de plus.

Alors, quand il rencontre Fanny Bloch – une ex chanteuse populaire de l’avant guerre – au hasard d’une nuit passée dans un dancing clandestin, le beau Sacha se sent pousser des ailes. Sitôt la crasse des années de misère lavée, les traits fins du playboy réapparaissent et il se remet à séduire. Jusqu’à la fin de la guerre, il organise à Paris des parties de cartes dans des tripots dissimulés. La plupart de sa clientèle est composée de femmes – des demi-mondaines principalement, ainsi que quelques femmes de généraux – qu’il arnaque sans aucun scrupule. Puis, lassé de ce travail de croupier à la sauvette, il convainc Fanny Bloch d’ouvrir un cabaret-dancing. C’est le « Cadet-Roussel »,  rue Caumartin.

Avec la fin de la guerre, les hommes reviennent du front et les affaires reprennent. Faisant confiance à son instinct, Stavisky sait que dans l’euphorie générale provoquée par l’armistice, seuls ceux qui pourront garder leur sang-froid seront les maîtres de la France. À défaut d’être assuré de son talent, il a entièrement confiance en sa capacité à conserver son calme dans n’importe quelle situation, la seule chose qu’il a toujours su faire. Encombré par Fanny Bloch qui ne lui sert plus à rien, Stavisky la dépouille de huit cent mille francs et la quitte.

La fin de la galère

 Il rencontre ensuite Hammel et fonde avec lui le Syndicat du Cinéma. Grâce au trust du cinéma, il veut bâtir sur les rives de la méditerranée un nouveau Hollywood. Logiquement c’est un échec. Sacha n’a rien d’un entrepreneur de talent, il est juste fou. Souvent, la folie intervient chez les grands escrocs à un moment où, dans leur vie, ces derniers se trouvent submergés par le pouvoir et l’argent. Seulement, chez Stavisky, la folie est présente avant même la réussite. Cette folie, c’est n éanmoins ce qui le fera vivre toute sa vie.

Ruiné une nouvelle fois, l’infatigable beau Sacha fonde une petite entreprise d’importation-exportation et ce, dans le seul but de pouvoir se rendre au Proche Orient facilement. Là-bas, il s’y sent bien et très vite, il s’introduit dans les puissants cartels de la drogue à Stamboul (Istanbul aujourd’hui) et Salonique. Pendant quelques mois, il expédie en France de la cocaïne et de l’opium, dissimulés dans des bidons d’huile ou dans des caisse de jouets. Mais dès que les premiers ennuis inhérents à la profession de dealer international commencent, Stavisky s’enfuit. Il n’a jamais eu l’âme d’un homme de terrain. Il rentre à Paris et se concentre sur ce qu’il affectionne : les magouilles de bureaucrate et les coups tordus de politicien.

De retour à Paris, il se lance dans une étrange entreprise alimentaire. L’idée est simple et pathétique à la fois car il s’agit produire des cubes de bouillon pour concurrencer le leader du secteur, Maggi. L’aventure est éphémère et comme toujours, Stavisky laisse des victimes derrière lui. Les épiciers crédules qui lui avaient passé commande ne reverront jamais leur argent.

 À partir de 1922, il acquière plusieurs sociétés fantômes comme « Chez elle » ou encore « La France Continentale » aves lesquelles il multiplie les escroqueries.  Mais à l’époque, Stavisky n’est encore qu’un petit forban sans envergure qui n’inquiète personne ou presque. À part quelques experts de la fraude, personne ne connaît son nom. Il n’est personne.

Dès 1925, tout va changer. Sacha rentre définitivement dans les fichiers de la justice d’une bien pauvre manière. Un soir, il va au Zelly’s à Montmartre. Popovici, l’un de ces amis, joue l’américain ivre et brandit des billets de 100 dollars au patron du bar. Au moment où Popovici s’apprête à payer,  Stavisky intervient : «  Vous n’allez pas donner deux billets de mille francs à ce pauvre garçon qui ne sait plus ce qu’il fait et qui va les perdre ou se faire voler. Donnez-lui donc un chèque. Il le touchera demain quand il sera dessoulé. »

 Le patron s’exécute, il signe le chèque. Erreur, Stavisky lave le chiffre deux mille et le matin venu, va se faire payer soixante mille francs.

 Logiquement, la direction du Zelly’s porte plainte et Stavisky est arrêté. Au bout de quelques jours, la police le remet en liberté provisoire mais au même moment, le chèque truqué – l’unique pièce à conviction du dossier – disparaît des bureaux de la police judiciaire. L’affaire s’ébruite jusqu’à la préfecture et l’inspecteur qui a arrêté Stavisky est soupçonné. Furieux, ce dernier arrête de nouveau Sacha et ordonne qu’on le passe à tabac. Malgré les coups, il ne craque pas et n’avoue rien. Le chèque disparu, plus rien ne l’inculpe. Il est relâché.

L’explosion du génie

Désormais connu des services de police et de la justice, Sacha sait qu’il n’a plus rien à perdre. De petit juif besogneux et sans classe, il passe au statut d’homme qui compte à Paris. Stavisky est mort, vive Stavisky ! Du jour au lendemain, il devient « l’homme qui paye. »

En 1926, un employé d’un agent de change nommé Basset vole à son patron un paquet de valeurs qui sont, le lendemain sans que personne ne sache comment, vendues à Londres. Un mois plus tard, un  nouveau client de l’agent de change La Forcade ordonne par téléphone de vendre près d’un million de titres. Selon l’usage, les titres auraient dû être livrés. Ils ne le seront jamais. Grâce à l’aide d’un comptable complice, les titres sont pourtant encaissés. On y inscrit la mention » Titres Livrés ». Le compte du client est crédité. Le principe est répété plusieurs fois jusqu’à ce que l’on s’aperçoive du pot aux roses.

Il faut près de trois mois aux autorités pour s’apercevoir de la supercherie. Le comptable véreux et l’employé voleur sont arrêtés, pas Stavisky. Les enquêteurs l’identifient mais logiquement, il reste libre. Sacha a quarante ans et il commence seulement à mesurer ses armes. À coup de millions, il se paye désormais tout ce dont il a toujours rêvé. Il possède deux voitures, un appartement Rue Edouard-Detaille, une villa en banlieue et surtout, une femme qu’il aimait. Malgré sa réputation de séducteur, il ne multiplie pas les aventures. À son tableau de chasse, on dénombre quelques actrices pour la postérité ou encore certaines épouses d’hommes politique pour son carnet d’adresse, mais jamais de maitresse officielle. Bien sûr, à l’époque, on ne considère pas le troussage de bonne comme une relation adultère, c’est presque normal. Toujours « fidèle », Stavisky partage même quelques anecdotes cocasses avec sa femme. Comme disait Paul Bringuier à son sujet : « il ne la trompait pas puisqu’il n’y a de trahison que du cœur. »

Sa femme c’est Arlette Simon, une fille de bourgeois, déclassée après une première faute et par la suite devenue mannequin pour la maison de couture Chanel. À l’époque de cette rencontre, Arlette est désemparée et seule à la suite d’une rupture. Au début, Sacha n’est qu’un riche ami généreux pour elle mais dès les premiers bijoux offerts, elle cède et tombe amoureuse de lui. Pourtant, elle n’est pas dupe au sujet de la situation de son désormais mari. Qu’importe, c’est trop tard car elle l’aime.

En 1926, c’est la catastrophe pour le couple Stavisky. Arlette attend un enfant alors qu’un mandat est lancé contre Sacha pour le détournement de près de cinq millions de francs. Les journaux s’emparent de l’affaire, l’opinion publique s’émeut mais le voleur reste introuvable. Stavisky se cache, la police le cherche et son père se suicide, dépité par les frasques de son fils.

Au printemps suivant, tranquillement à l’abri dans sa maison de Marly-le-Roi, Sacha est intercepté par les enquêteurs de la police judiciaire. La scène de son arrestation est cocasse : alors qu’il reçoit une dizaine d’invités, Stavisky se déguise en femme pour amuser ces derniers. Au même moment, la police fait irruption est l’évacue à moitié nu. Les invités sont sous le choc. Ils s’enfuient. Pendant ce temps là, les policiers perquisitionnent la maison, finissent le soupé et troussent la bonne…

L’instruction de l’affaire prend du temps.  Sacha est placé à la santé et Arlette accouche de leur fils, Claude. Près de dix-huit mois s’écoulent avant qu’il ne soit déclaré fou. Pour lui, ça n’a pas été dur : il s’est simplement laissé aller à son tempérament ! Alors, la justice le remet en liberté pour qu’il puisse se soignée à la campagne. Seulement, dès sa sortie, la vue des grands boulevards et les coups de téléphones de ses anciens compagnons de truanderie lui redonnent le goût de l’escroquerie.

Les jours suivants, un presque nouveau gentleman apparaît sur les champs de course, dans les grands restaurants de la capitale et dans les centres d’affaires. Il s’agit de Serge Alexandre. Au début, personne n’est dupe :

« Vous avez vu !… Celui qui se fait appeler Alexandre, c’est Stavisky. Vous savez bien, Stavisky !… »

Mais très rapidement, personne ne rigole plus, l’or a recommencé à couler entre les doigts de l’escroc le plus doué de sa génération.

 Et puis, les choses ont changé depuis sa sortie de prison. M. Alexandre travaille avec la Sureté Générale. Les services de police lui délivrent une « carte de correspondant » – que des millions de fripouilles ont à cette époque là en France. Délivrée par son ami le commissaire Bayard, cette carte d’indicateur mentionne : « Le nommé Stavisky, dit Serge Alexandre, peut se recommander de mon nom devant les représentants de la force publique et recourir à eux, le cas échéant. »

En liberté provisoire, Alexandre sait qu’il peut être condamné d’un instant à l’autre. Seulement, le juge d’instruction Glard,  au moment de clore l’affaire, est soudainement nommé conseiller à la Cour. Son successeur est donc contraint de reprendre l’instruction à son début. Par trois fois, il convoque Stavisky et son avocat mais trois fois, l’avocat brandit les preuves de la folie avérée de son client. L’affaire est ajournée.

Les années folles de M. Alexandre

Un jour, M. Alexandre se fait arnaquer. Un de ses amis vient le voir et lui demande de racheter le collier précieux de sa femme pour cinq cent mille francs alors que celui-ci en vaut huit cent mille. Le bon Serge accepte, donne le demi-million et va chercher le collier chez un employé du Crédit Municipale à qui il doit verser une caution pour le récupérer. Tout se passe bien mais le collier s’avère être un faux. L’expert du Crédit avait été soudoyé.

 Alexandre n’en garde aucune colère puisqu’il vient là de trouver l’idée qui allait faire de lui un homme riche. Une semaine plus tard, la Société Alex, spécialisée dans l’achat et la vente de bijoux ainsi que dans le prêt sur gage, est inaugurée. Dès lors, Serge Alexandre poursuivra une politique unique. Monter une affaire, en tirer le maximum en maquillant la comptabilité et en bluffant. Acheter des protections utiles. Et  bien sûr, toujours garder un minimum de liquidités pour indemniser les victimes au moment où elles découvriraient le pot aux roses pour les faire taire.

 C’est comme cela que la fondation du Crédit Municipal d’Orléans couvre la faillite de la Compagnie Alex, que la Compagnie Foncière d’Entreprise de Travaux publics de la place Saint-George couvre le scandale d’Orléans et qu’enfin le mont-de-piété de Bayonne couvre la déconfiture de l’entreprise de Travaux publics.

Bayonne, c’est son plus beau coup. Avec la complicité du maire de la ville, le député-maire Garat, il se fait nommé directeur de ce Crédit municipal et place de deux ces hommes à la tête du pole « experts », Tissier et Cohen.

Le mécanisme des bons de caisses émis par les Crédits est connu de tous. Les feuilles sont estampillées par la ville et par le maire. Cela offre ainsi toutes les garanties de sécurité. Le bon est ensuite échangé contre de l’argent auprès d’une banque ou d’une assurance alors que la souche du même nom qui reste au Crédit Municipal, mentionne une somme volontairement plus faible. La différence est donc ensuite empochée directement par M. Alexandre.

Avec ce système, les compagnies d’assurances escomptent ainsi plusieurs millions de francs en échange de bons. Puis, effrayée par leur quantité croissante, elles s’arrêtent. Alexandre sait qu’il arrive dans une impasse et qu’il faut frapper un dernier grand coup.

Les élections de 1932 jouent un rôle capital dans l’ascension sociale de M. Alexandre. Avec son argent, il s’achète la compagnie de nombreux hommes politiques jusqu’à sur les marche du pouvoir. Opportuniste, il joue à gauche et appuie grâce à son argent, une bonne partie des candidats radicaux.

Les radicaux l’emportent, et Serge Alexandre est entrainé vers les hautes sphères du pouvoir. Grâce à son influence nouvelle, ses bons de Bayonne continuent à circuler et lui continue de s’enrichir. À partir de ce moment là, il devient véritablement mégalomane. Intouchable, les banques et les assurances sentent bien l’entourloupe avec les fameux bons de Bayonne mais qu’importe, elles se sentent protéger par le gouvernement.

Dans les diners mondains, Stavisky règne en maître absolu. Il connaît tout le monde. Partout il étale sa richesse avec ostentation et n’hésite pas à apostropher les ministres quand quelque chose lui déplait. Sa femme fait la pluie et le beau temps dans l’univers des mondaines. C’est l’engrenage, tout le monde est au courant des affaires occultes de l’escroc mais personne n’y peut plus rien car justement, tout le monde l’a soutenu et a bénéficié de son argent.

Pour se sauver eux-mêmes, ses protecteurs doivent d’abords le sauver lui car s’il tombe, ils tombent tous.

En même temps, sa pauvre mère, la veuve du dentiste, est atteinte par le cancer. Il l’a fait hospitaliser chez des religieuses et feint de se convertir en même temps qu’elle. Puis, il escroque huit cent mille francs à la Mère Supérieure dans le but de soi-disant lancer un nouveau remède contre le cancer. Une fois la pauvre vieille décédée, les nonnes l’entèrent dans la tradition chrétienne. Sacha fait aussitôt exhumer le corps et le te transporte au cimetière juif.

Chute !

L’escroquerie de Crédit Municipal de Bayonne arrive à bout de souffle. Depuis un an, des rapports du Parquet dénoncent la supercherie et l’affaire commence à s’ébruiter dans les journaux économiques. Les amis de Stavisky étouffent tout jusqu’au moment où la plaie devient trop dure à dissimuler.

 Pour couvrir le déficit abyssal du Crédit de Bayonne, il faut une énorme rentrée d’argent. Stavisky croit avoir trouvé la solution avec les bons agraires hongrois. Ces valeurs sont gagées sur les dettes des empires centraux et n’ont plus de valeur puisque l’Allemagne a obtenu de multiples réductions et moratoires. Il part donc à travers l’Europe à la rencontre des princes, des diplomates et des ministres étrangers.

 Dans un premier temps, il croit être sauvé. Une grande banque internationale approuve le transfert d’une première tranche de bons hongrois. Mais la chance semble avoir tourné pour lui. L’un de ces amis qui menace de le dénoncer, disparaît en se suicidant étrangement.

Puis, Stavisky commet une faute : il couche avec la femme d’un ministre qui, dans un coup de colère, le lâche. C’est le début de la fin. À Bayonne, un petit fonctionnaire zélé fait enfermer Tissier, l’ami de Stavisky accessoirement directeur du Crédit.

Le matin du 23 décembre, Stavisky se rend à la Sûreté. Là bas, c’est la douche froide. « C’est fini. Nous ne pouvons plus rien pour vous. Vous n’êtes plus couvert. »

Il rentre au Claridge ou il a une suite. Là bas, il prévient sa femme puis part faire un tour. Dans le hall de l’immeuble, les policiers l’attendent déjà. Il les démasque, évite le traquenard et disparaît.

Stavisky a un chalet près de Chamonix. C’est là bas qu’il pense partir se réfugier, accompagné par ses gardes du corps.

Pendant quelques nuits, il rôde dans Paris pour renouer avec ces amis obscurs. Henri Voix, Lucette Alméras et Pipaglio l’accompagnent jusqu’à Chamonix.

 Pendant quatre jours, Sacha se cloitre. Seuls ses hommes de mains passent lui apporter les journaux et de quoi manger. Optimiste, il croit encore que l’affaire retombera. Mais un matin, ses gardes du corps hésitent à lui montrer le journal du jour. Il leur arrache des mains. C’est fini. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui.

Alors, lui et ses complices se terrent. Les voisins du chalet s’étonnent de ne voir personne jamais quitter la maison. Son ancienne bonne qu’il croise un matin, et trop heureuse de le savoir là, repend la nouvelle dans le village. Les policiers arrivent. « Ouvrez la porte ! » Un coup de feu retenti. Les gendarmes enfoncent la porte et Stavisky est trouvé mort dans une marre de sang. Il viendrait de se suicider.

« On a suicidé Stavisky ! »

Au même moment, l’Action Française en profite pour rentrer en campagne contre le gouvernement Chautemps avec comme argument ultime le fait que le beau frère du président du conseille était l’avocat de l’ordure Stavisky. L’extrême droite et les communistes dénoncent la corruption de l’État.

Électrisés par ses tensions politiques, des français entrent dans le combat et manifestent. Le gouvernement Chautemps et remplacer par Daladier et ses hommes. Le 6 février, le nouveau président du conseil présente à l’assemblée son gouvernement. De grandes manifestations organisées à Paris, place de la Concorde, par plusieurs ligues anti gouvernementales, éclatent et font dix sept morts, dont un policier. Trois jours plus tard, une autre manifestation dégénère à son tour et fait trois nouveaux morts. Tout fraichement nommé, Daladier est remplacée par Gaston Doumergue.

Amnésique, la gauche dénonce une tentative de coup d’Etat fasciste en oubliant soigneusement de prendre en considération les répercutions de l’affaire Stavisky.

Le 20 Février 1934, le conseiller Prince en charge de l’affaire Stavisky est retrouvé mort sur les rails du train Paris-Dijon. La police conclue au suicide mais de nombreuses versions contradictoires viennent bouleverser, preuves à l’appui, la théorie officielle. En savait-il trop ? Risquait-il de compromettre beaucoup de politiciens en place si jamais il révélait les détails du dossier ? A-t-il donc été assassiné ? Personne ne le sera vraiment jamais même si Bony, l’inspecteur chargé d’enquêter sur la mort du conseiller, aurait quelque temps avant sa mort en 1945, confié que M. Prince aurait été assassiné. Seulement, à l’époque de ces aveux, Bony collaborait avec la Gestapo… Il en est mort d’ailleurs, exécuté en 1944.

Il ne reste rien de Stavisky aujourd’hui. Sa femme, Arlette, est partie aux Etats-Unis juste après sa mort et s’est remarié avec un riche homme d’affaire en abandonnant Claude, leur fils, en France. Le pauvre enfant était un peu fou aussi, à l’image de son défunt père. Il devint prestidigitateur et mourut  en 2006 dans l’anonymat le plus total…

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