Un film de Matteo Garrone avec Salma Hayek, Vincent Cassel et Toby Jones. Sortie le 1er juillet.

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Présenté à Cannes cette année, « Tale of Tale » est le nouveau film de Matteo Garrone, célébré pour Gomorra en 2008 puis Reality en 2012, le réalisateur italien tente ici d’adapter un livre fondamental de la culture populaire puisqu’il s’agît du recueil « Le Conte des Contes » de Giambattista Basile regroupant rois et reines, sorcières et dragons, le tout bien avant Le Seigneur des Anneaux et Game of Thrones. Un recueil dense, profondément ancré dans le patrimoine napolitain, qui nécessita un choix drastique, Garrone jetant son dévolu sur trois histoires qui convoquent des archétypes profondément ancrés dans notre culture moderne, de la jeune fille rêvant d’un beau prince à la sorcière qui donne une beauté provisoire à une lépreuse, de l’ogre rageur au fils bâtard qu’on exile. Des motifs que nous connaissons bien en Europe mais tout autant aux Etats-Unis. Si le réalisateur use d’acteurs anglo-saxons, c’est aussi parce que ces récits rappellent souvent Shakespeare. Comme il le dit lui-même, « Italo Calvino appelait Basile un Shakespeare napolitain déformé, c’était donc un film à faire en anglais. » On retrouve donc Salma Hayek, Toby Jones et John C. Reilly au casting de ces segments au ton volontairement moderne, les contes ont en effet toujours joué sur les niveaux de lecture et « Tale of Tales » se fait un plaisir à éreinter divers sujets bien contemporains: la recherche désespérée de la jeunesse et de la beauté, l’impossibilité à procréer et aborde luttes de pouvoir et conflits de génération.

Pas avare d’humour potache et de séquences triviales, peuplé de créatures tour à tour intrigantes (le monstre marin) puis grotesques (la puce géante), « Tale of Tales » est un film bien étrange qui peut rappeler Terry Gilliam et le cirque itinérant du Docteur Parnassus où Alejandro Jodorowsky dans ces architectures gigantesques et cet attachement aux figures de la Commedia dell’arte. En résulte un mélange étonnant entre des histoires fantastiques ultra codées et un traitement plutôt naturaliste voir académique de celles-ci. Si tous ces personnages sont dans des situations extrêmes, avec des émotions hypertrophiées, Matteo Garonne ne parvient jamais à leur insuffler de vie, ce désir constant de réalisme contraignant ainsi cet imaginaire débridé au récit historique le plus plat. Une approche qui rappelle celle de Game of Thrones dans bien des aspects, le merveilleux se voyant souvent restreint à de courtes séquences, privilégiant des personnages tellement banalisés qu’on en vient à oublier la magie qui les entourent.

Le film pêche donc essentiellement par son récit trop académique, dont le montage rappelle là encore la série phare de HBO où nous suivons divers personnages à divers endroits s’activer dans une même portion temporelle, mais force est de constater qu’un dispositif propre à la série télévisée ne s’applique pas forcément au cinéma, ces histoires que rien ne rattache avancent un peu plus à chaque séquence et s’étirent en longueur jusqu’à lasser. Si la volonté de montrer à l’écran ce qui reste souvent métaphorique dans les contes, à ce titre, cette superbe séquence montrant Salma Hayek dégustant à pleines bouchées le cœur énorme et juteux d’un animal marin, Matteo Garrone se repose sur un montage bien trop peu inventif pour insuffler une quelconque ampleur à son récit. Nous passons ainsi d’une histoire à l’autre par le biais d’un plan fixe sur le prochain lieu de l’action, un procédé extrêmement rébarbatif qui témoigne d’une incapacité à faire se fondre les histoires les unes dans les autres.

Matteo Garrone voulait raconter le Conte des Contes mais ne parvient à montrer que plusieurs contes dont la juxtaposition ne permet pas une unification salutaire (si les personnages se retrouvent à un moment donné au même endroit au même moment, la convergence des histoires et des archétypes pour former une Grande Histoire n’est jamais exploitée). On aurait presque préféré voir ces histoires laissées entières et placées à la suite, comme des segments plutôt que montées les unes dans les autres aussi arbitrairement. « Tale of Tales » ferait ainsi une série anthologique intéressante, où chaque épisode proposerait un conte issu du recueil. Matteo Garrone en a évidemment eu l’idée, on aurait aimé qu’il la mette en pratique avant d’en faire un film.

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