Un film de Eli Roth avec Lorenza Izzo, Ariel Levy et Daryl Sabara. Sortie le 16 octobre en e.Cinéma.

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L’histoire

Un groupe d’activistes new-yorkais se rend en Amazonie et tombe entre les mains d’une tribu particulièrement hostile.

L’avis

Pour son essai dans le film de cannibales, Eli Roth assume sa déférence à l’œuvre matricielle du genre, Cannibal Holocaust, dont le titre The Green Inferno est une référence directe. Le générique de fin présente même un historique cinéphile des films qui peuplent ce sous-genre du cinéma d’horreur des années 70. La réappropriation qu’en fait Eli Roth est intéressante sur plusieurs points : d’un côté The Green Inferno est un pur film américain (qui ne singe donc pas les spécificités italiennes du genre) et c’est assurément un film d’Eli Roth, rappelant plus Hostel que Ruggero Deodato.

Tout d’abord, pourquoi un pur film américain ? À bien des égards, The Green Inferno est un slasher. Notre groupe de bienfaiteurs américains fait captifs, on s’étonne de la nature des premiers assauts, violents, gores, mais jamais sexuels. C’est bien le premier vrai virage que prend le réalisateur par rapport à son modèle italien. Si le slasher a trouvé sa popularité aux États-Unis, c’est un genre que l’on fait remonter à La baie sanglante de Mario Bava où de jeunes ados se faisaient tour à tour massacrer par un tueur inconnu. Mais le code de la final girl est quant à lui effectivement plus associé au cinéma américain, comme il a pu être identifié en 1992 par Carol J. Clover notamment : pure, virginale, la final girl est celle qui ne sera pas punie par le tueur, sauvée de façon subliminale par sa vertu. Ici, Eli Roth fait de son héroïne un nouvel étendard de ce concept, les natifs se montrant plus clément avec elle à cause de sa virginité.

Dans une séquence superbe, la jeune fille devient l’un des leurs par sa pureté et peut, entièrement maquillée aux couleurs du clan, passer devant un puma sans crainte car elle fait dorénavant partie de la jungle et n’en est plus un visiteur malfaisant. Cet attachement au slasher est à la fois passionnant et limité et The Green Inferno souffre au final d’un défaut souvent apposé au genre : nous n’avons aucune empathie pour ceux qui souffrent devant nos yeux. Ainsi, jamais le film ne délivre de moments de tension véritable, la faute à la haine sensible que porte Eli Roth pour ses personnages de petits universitaires, caractérisés maladroitement dans une première partie en forme de teen movie. Cependant, le scénario montre habilement comment les indigènes et ces jeunes activistes sont deux types de victimes. L’un est menacé directement par les multinationales qui en veulent à leurs ressources naturelles, les autres sont manipulés par elles. Difficile par ailleurs de ressentir un quelconque dégoût devant ce gore qui, s’il n’est jamais numérique, perd en puissance à cause de l’image très propre du film.

Eli Roth exclue aussi tout côté sorcier. Si la première mise à mort semble prendre lieu sur une stèle, jamais le reste de The Green Inferno ne dérivera vers le cérémonique. C’est dommage car c’est là où le film est à son meilleur, lorsqu’il s’attache à nous décrire cette tribu de façon documentaire, les aînées préparant par exemple le repas avec soin sous les yeux des enfants. L’authenticité tangible et durement acquise par l’équipe de tournage fait mouche et c’est dans cette veine ethnologue que The Green Inferno trouve son identité propre, nous faisant comprendre avec justesse le rapport des natifs au corps humain, un rapport trivial dont la préparation est éminemment proche de celle que nous avons avec la viande animale, tuée, coupée, préparée, consommée.

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Enfin, pourquoi un vrai film d’Eli Roth ? Outre le rapport au slasher et le culte de la final girl, c’est bien l’humour si caractéristique de son auteur qui donne le ton au film. Si Hostel 2 jouait la carte du cynisme corrosif, The Green Inferno se fait bien plus vulgaire : morts absurdes, diarrhée et masturbation accompagnent ainsi le voyage sans retour de nos jeunes américains. En résulte un film unique, à la fois hommage cinéphile, film gore à l’ancienne et slasher pour ados. Plaisant malgré ses défauts, The Green Inferno a le mérite d’être sincère, ce qui fait franchement du bien.


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