Un film de Yorgos Lanthimos avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Ben Whishaw, John C. Reilly, Léa Seydoux et Ariane Labed. Sortie le 28 octobre 2015 – Prix du jury Cannes 2015.

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L’histoire

Dans un futur proche… Toute personne célibataire est arrêtée, transférée à l’Hôtel et a 45 jours pour trouver l’âme sœur. Passé ce délai, elle sera transformée en l’animal de son choix. Pour échapper à ce destin, un homme s’enfuit et rejoint dans les bois un groupe de résistants : les Solitaires.

L’avis

Yorgos Lanthimos aime bien mettre dans ses films des personnages dans des situations absurdes. Pour voir comment ils vont évoluer et révéler peut–être un semblant d’humanité. Canine avait reçu une dizaine de récompenses dont le prix Un Certain Regard et  nommé à l’Oscar du meilleur film étranger ;  Alps avait reçu à Venise le prix du scénario, en 2011. Ici Lanthimos invente avec son scénariste Efthimis Filippou un monde pas si éloigné du notre avec des situations tragico-comiques ; il filme de manière clinique les déplacements, les comportements, de ses personnages dans des décors laids à pleurer et sous une lumière froide. Ces êtres sont médiocres, aliénés, obéissent sans réfléchir aux lois débiles qu’ont leur impose ; seule la bonne à tout faire de l’Hôtel – interprétée par la magnifique comédienne Ariane Labed – est une vraie résistante à ce système ridicule et névrosé mis en place – par qui ?-  dans cette société d’un futur assez proche. Lanthimos nous montre un univers où tout est régulé, il ne fait que grossir les travers de notre monde actuel. La rébellion à ce système, les Solitaires, n’est pas plus acceptable et encore plus prégnant. Elle est dirigée par Miss Gaumont qui est insupportable. Colin Farrell, quadragénaire bedonnant (superbe interprétation) et être d’une petitesse convaincante, est le centre du film.

Il est insignifiant et on n’a aucune empathie pour lui comme pour la plupart des personnages – excepté celui de la troublante romantique Rachel Weisz – ce qui nous laisse assez distant par rapport à l’histoire. Ce film est peut–être une métaphore sur l’amour, le couple, la sexualité, l’animalité qui réside en nous ? Il est évident que Yorgos Lanthimos est bien incapable de nous donner une réponse. Il aime réaliser des fictions où le spectateur a tout le loisir de s’y perdre, il aime jouer avec les codes, brouiller les pistes, nous déranger, nous surprendre sans perversité aucune.  Il y a une sorte de curieuse jouissance à assister aux réunions et manifestations obligatoires de ce club de rencontre. C’est évident que l’originalité du scénario a interpellé les frères Coen qui lui ont offert le Prix du jury Cannes 2015. Farrell veut être changé en homard, Lanthinos nous transforme en mouton, on le suit à l’aveugle.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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