La fin de l’année approche, on cherche des idées de cadeaux, la musique est toujours un bon choix! Offrir des BO ou du classique en suivant des chemins de traverse c’est ce que propose Roads.

Il y a la BO de « Queen », de « Star is Born » en CD et en vinyle pas besoin d’en parler, c’est à titre indicatif ; le vinyle, c’est très tendance.  Pour des prix inabordables avec de belles pochettes, on trouve en disque des musiques qui ont bien marché en cd ou même en téléchargement. Sont proposés « Les Gardiens de la Galaxie 1 ou 2», « Les Bronzés », les « Chansons de Marilyn », de « Chansons de Sophia Loren », « La La Land », « Les BO de Tarantino », « Les Blues Brothers », « The Pink Panther » les « BO de François de Roubaix » très à la mode, « les musiques de Joe Hisaishi » pour les films mythiques de Hayao Miyazaki, un collector d’ « Harry Potter », … le cd perd de l’intérêt, se vend mal ou plus du tout, le mp4 a la préférence… Il y a encore des éditeurs irréductibles qui résistent et qui sortent les deux ou même les 3 formats.

Chez Milan Music, par exemple, on peut offrir les musiques des films de Thomas  Lilti  (MILAN-3299039809723) « Première Année », « Médecin de Campagne », « Hippocrate ». Ce médecin devenu réalisateur montre le monde du milieu médical sans concession etavec talent. Pour soutenir ses propos il s’est associé à un groupe Low Entertainment ? C’est en fait un collectif de trois musiciens : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel et Nicolas Weil. Lier a fait une école de jazz aux États-Unis, Ohrel a une formation classique et pop, Weil plus dans l’ingénierie, le Hard Tech. Chacun a sa spécialité et depuis 2006, ils sont entrés dans le monde un peu fermé du cinéma et ont participé à l’élaboration de premiers films ( « T’y es Belle », « Party Girl »…). Leur musique peut s’écouter sans avoir vu les films ce qui est un avantage pour la sortie en disque. Musiques variées, éclectiques, difficile de reconnaître le sound Low Entertainment. Le principal est que cela fonctionne. Le disque en est la preuve.

« Loro » (MILAN-3299039805725) est le nouveau film de Paolo Sorrentino, avec la magnifique musique de Lele Marchitelli . Autodidacte il a appris la basse et la guitare et a joué dans plusieurs groupes. Il a composé la superbe BO de « Young Pop » réalisé aussi par Sorrentino. Dans ce double cd on trouve comme souvent dans les musiques choisies par le réalisateur (voir « La Grande Bellezza ») des morceaux classiques et de la pop (The Stooge par exemple). On remarque une nouvelle fois Sumi Jo (elle chantait dans « Youth »). L’acteur fétiche de Sorrentino, Toni Servillo, Silvio dans le film, interprète – « Na Gelosia »- comme aimait le faire « Il Cavaliere ». Il y a d’autres canzone dans le film, très célèbres comme « ‘O surdato ‘nnammurato mais elles ne sont pas dans le disque. Qu’importe, si on aime ou pas ce film, le moins réussi de Sorrentino, c’est un plaisir d’écouter cette bande son.

Christophe Julien est un compositeur qui aime explorer des univers très variés. Il a une solide formation classique et écrire pour un orchestre symphonique ne lui pose aucun problème. Une de ses dernières compositions pour « Au Revoir Là-Haut » est d’une belle écriture et d’une grande inventivité et sert parfaitement le film de Dupontel ! Pour « Le Jeu » (MILAN-3299039810323) de Fred Cavayé, remake du film de Paolo Genovese,

il prouve une nouvelle fois qu’il fait partie des grands compositeurs de musique de film comme, Rombi, Aufort, Adenot, Coulais, ou Desplat. Les dialogues orchestre piano, violoncelle ou flûte – père fille – ou simplement les cordes dans – western design eyes – ou le très beau morceau – l’aveu de ben – avec l’entrée tout en douceur de l’accordéon apportent aux scènes une grande tension dramatique. Une belle musique, un beau disque à offrir ! Sur le cd on trouve aussi la chanson des années 60 des Walker Brothers

– after the lights go out –

Pour mémoire chez Milan on peut citer la BO de « Widows » film superbe, musique de Zimmer (sans commentaire) de « Bad Times at the El Royal Hotel » musique d’un grand compositeur actuel Michael Giacchino et « The Ballad of Buster Scruggs » des frères Coen avec leur complice Carter Burwell.

Sony après le premier opus, édite la BO du second volet des « Fantastic Beasts : The Crimes of the Grindelwald » (SONY-0190759030127) c’est toujours James Newton Howard qui est à la composition et David Yates à la réalisation. Depuis les années 80 il n’a cessé d’écrire avec plus ou moins de bonheur et de temps en temps pour des films de peu d’intérêt. On ne compte plus le nombre de compositions pour le cinéma et la TV qu’il a écrit. Certains films ont été de grands succès ainsi que leur BO (« Le Fugitif », « Sixième Sens », « King Kong », « The Dark Knight », « Hunger Games »…) Très souvent nommé, Newton Howard n’a jamais reçu l’Oscar. Sa musique est efficace, assez conventionnelle, mais fonctionne à l’énergie et c’est ce que demande souvent les films pour qui il compose. Ici elle est en total accord avec le propos – le film est réussi ! Même si de temps en temps elle est pléonasmique elle nous entraîne et c’est ce qui importe pour l’écoute de ce cd.

Music Box Records présente, pour la première fois en version intégrale, la bande originale du film d’animation Renaissance (MBR-142 -2006) réalisé par Christian Volckman. Il impressionne par sa beauté formelle et sa maîtrise graphique. La musique est composée et dirigée par Nicholas Dodd. Orchestrateur de David Arnold (Stargate, Die Another Day), il signe ici une partition électro-orchestrale reprenant les codes du genre SF, entre action trépidante aux accents « Jamesbondien » et ambiances de polar pour évoquer un Paris futuriste. La musique symphonique est interprétée par le Philharmonia Orchestra de Londres. Une belle ressortie !

Dans le cadre des réenregistrements, la BO culte de « The Vikings » de Mario Nascimbene (Prometheus Records  PRO-XPCD181) interprétée par le Philharmonique de Prague dirigé par Nic Raine en bonus « Barabbas » du même compositeur.

La La Land ressort en trois cd, les musiques de Ken Thorn pour « Superman II et III » (LLLCD1466). On y trouve les musiques de John Williams et celles de Moroder. Un hommage aux années 80 !

Quartet Record réédite la musique de Carlo Savina « Ultima Grida dalla Savina » réalisé par Antonio Climati devenu célèbre par son documentaire méprisable « Mondo Cane » mais dont la musique de Riz Ortolani a fait le tour du monde ! Une musique à écouter un film à éviter !

Justin Hurwitz grâce à « La La Land », une musique à la manière de Legrand, est devenu célèbre. Son alter ego réalisateur Damien Chazelle s’est trouvé réaliser « First Man, Le premier homme sur le lune » (Back Lot Music BLM-859372007465). Le film manque singulièrement de dimension épique avec un Gosling qui ressort son air hiératique pour la nienne fois ! L’écriture musicale est un plagiat de toutes les musiques SF des années cinquante ! Après du sous Legrand, Hurwitz compose aussi du sous Zimmer ! C’est d’un ennui mortel comme le film !

Lorsqu’Alexandre Desplat travaille avec Audiard comme avec Frears, il se passe quelque chose de l’ordre du chimique. Avec « Les Frères Sisters » Desplat a composé une de ses meilleurs BO. Nappe de cordes avec des thèmes très simples au piano, tout est dit, tout est tragique, la musique colle parfaitement aux images. Un grand film d’Audiard et une musique à la hauteur du film !

Pour fêter ses quarante ans d’existence Varèse Sarabande en deux CD propose 45 thèmes célèbres composés par : Herrmann, Horner, Zimmer, Jarre, Korngold, Burwell, Bernstein, Newman, Elfman, Silvestri, Delerue, Doyle, Preisner, Barry, Grusin, Conti, Debney, Davis, Revell, Beltrami, Jones, Newton Howard, Tyler, North, Goldsmith, Powell, Johannsson, Beal, Schiffrin, Eastwood, Gregson-Williams, Giacchino, Hurwitz, Portman, Kaczmarek ! S’il en manque un, achetez l’album et vérifiez !  Un super cadeau de Noël !

Si vous aimez et le cinéma et la musique de film, un cadeau à s’offrir, à offrir est le livre de Benoit Basirico « LA MUSIQUE DE FILM compositeurs et réalisateurs au travail », sur les rapports entre compositeur et réalisateur, entre deux créateurs que le second ne peut pas complétement diriger comme les techniciens ou acteurs ! C’est un livre passionnant qui à partir de plus de quinze ans d’entretiens raconte l’aventure de la composition de la musique de film. Aux fils des pages on découvre, de la difficulté de trouver le compositeur qui sera au service du film, de la difficulté qu’il ne mettra pas son ego en avant, de la difficulté d’être un musicien caméléon mais de ne pas perdre son âme et surtout de la difficulté de trouver la couleur de la musique qui plaise au réalisateur et qui sert totalement le film. A travers les expériences de plus de plus de 170 compositeurs avec plus de 180 réalisateurs et autant de films, le livre est un voyage extraordinaire dans le monde de la musique de film !  C’est un livre définitif ! Roads a pris un verre au café de l’Industrie (ce n’est pas une blague) avec l’auteur, créateur de Cinezik, animateur sur Aligre FM, conférencier, animateur, rédacteur sur tous les fronts où la musique de film est mis à l’honneur et dieu sait qu’il faut la défendre. Même si compositeur de musique de film peut paraître le plus beau métier du monde, en France on oublie souvent de la mettre dans le budget du film. Quant à Cannes, même si à l’origine il y avait un prix, aujourd’hui on ne veut pas en entendre parler ! On est sourd sur la croisette.

Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre après tant d’articles sur la musique à l’image !

C’est Frédéric Sojcher, directeur de la collection Ciné ★ Cinéma, aux éditions hémisphères qui m’a proposé ce projet. Ne venant pas d’un cursus littéraire,  je ne m’en sentais pas capable ; dans un premier temps, j’ai eu un peu peur ; mais au bout de plusieurs mois je me suis rendu compte que ce n’était pas plus compliqué que d’écrire des articles.

C’est de la fausse modestie, vous avez pas mal écrit sur le sujet !

Non non, c’est sincère ! Je n’avais aucune légitimité, un livre n’a rien à voir avec passer une heure avec un artiste, il m’est arrivé de bâcler un entretien ! Ecrire demande à être exigeant ; j’ai mis un an pour répertorier les interviewes, réécouter les verbatim, je suis parti de quinze ans d’entretiens !

Le choix des compositeurs vous est venu comment ? Il y a des musiciens, comme Rob, qui est très souvent cité au détriment d’autres …

Pas vraiment, il y a beaucoup de Sarde, de Rombi, de Coulais, d’Eric Neveux aussi. Je me suis axé pour le choix des compositeurs parce que j’aime leurs univers, mais aussi j’aime les films sur lesquels ils ont travaillés.  Leur travail à l’image est pour moi important non seulement par rapport au film mais aussi dans les propos qu’ils tiennent et qui font écho à des problématiques que posent la composition de la musique de film. Ce qui m’intéresse c’est le travail de la musique dans les films, je ne la déconnecte pas de l’image ; la musique ne s’écoute pas seule, sinon ce n’est pas de la musique de film. Ceux qui font autrement, détournent la définition même de cette musique. Je me suis axé sur la musique dans les films sinon j’aurais fait un livre sur le jazz, le rock…

Comment avez-vous construit votre livre ?

J’ai découpé le livre en dix sept chapitres et les propos utilisés sont ceux les plus emblématiques. Ce n’est pas un livre de l’anecdote, c’est un livre référence sur les enjeux qui font la musique de film.

Votre livre en cela est très pédagogique, c’est une bonne introduction pour ceux qui s’intéressent à la musique de film ou à la musique tout court.

Tant mieux si cela peut l’être, j’ai voulu faire le livre à l’endroit où je me plaçais. Je n’avais pas envie d’être un théoricien, ni dans l’angiographie d’un compositeur,  ni dans la chronique comme on le fait sur Cinezik, je me suis mis à l’intersection de tous les compositeurs et réalisateurs que j’ai rencontrés, faire converger tous leurs témoignages et essayer de tendre vers une vérité de ce qu’est le métier, une vérité contradictoire.  Par exemple quand un compositeur et un réalisateur ne sont pas d’accord, c’est un peu comme si j’avais réuni dans une pièce tous ces compositeurs et réalisateurs qui débattent sur le sujet ; c’est un peu comme retranscrire un débat contradictoire entre ces protagonistes, même si je ne les ai pas rencontrés au même moment. Je suis celui qui prend la parole et qui fait aussi le lien entre les uns et les autres, qui va apporter de la contradiction. Je vais aussi me servir de témoignages de compositeurs que je n’ai pas rencontrés comme Morricone, Williams ou Herrmann et qui met de l’écho entre eux et des jeunes qui débutent comme Pablo Pico, Florencia di Concilio. C’est aussi dire que le jeune compositeur fait un métier pas si différent que celui de Morricone dans les années soixante dix même si le métier a énormément évolué avec les nouvelles technologies, mais finalement le questionnement de quelle est la musique appropriée à telle image n’a jamais évolué.

Le livre s’intitule compositeurs et réalisateurs au travail, vous vous adressez en fait à quel public ?

Je me suis placé du point de vue des créateurs mais aussi du point de vue du spectateur en me disant qui a envie de creuser un peu, comment s’est fabriquée telle musique. Je réponds qu’à des questions purement artistiques ; quel rôle joue la musique dans un film, est-elle en soutien ou en contraste. A quoi sert un thème, une mélodie dans un film.

Si on aime le cinéma on va apprécier votre livre mais est-ce qu’il peut intéresser un compositeur ?

On m’a dit que oui. Les jeunes compositeurs, la SACEM m’ont fait des retours et ils m’ont répondu que toutes les écoles de musique devraient avoir le livre !

Avez-vous écrit un manuel pour savoir comment on peut aborder la composition pour l’image ?

Il ne faut pas oublier que le travail d’un compositeur est une collaboration avec un réalisateur. Le livre doit intéresser en premier chef les réalisateurs pour qu’ils comprennent mieux cette collaboration. La musique de film apprend l’humilité, ce n’est pas la musique d’un compositeur, mais la musique pour un film, il faut savoir où est sa place.

Vous dites que c’est un métier d’être compositeur de musique de film mais on s’aperçoit qu’il y a très peu de compositeurs qui travaillent et toujours les mêmes, vous n’abordez pas ce problème économique.

Je ne voulais pas aborder cette question car elle tuait tout le reste. Dans le dernier chapitre j’aborde la question du budget. Le budget conditionne l’interprétation, Coulais va dire qu’on est trop embourgeoisé, un autre dit qu’il vaut mieux un piano que de se lancer avec un faux orchestre. L’économie a des répercussions artistiques. Mon point de vue n’est que de l’artistique et du témoignage. Je n’avais pas envie d’être dans la revendication ni dans le militantisme, même si en conclusion je dis qu’il faut défendre le droit d’auteur. C’est un livre écrit par un  passionné de cinéma et qui ne parle de comment se fabrique une musique de film.

Comment avez- vous découvert la musique de film ?

Ma rencontre avec Maurice Jarre m’a donné envie de mieux connaître la musique et les compositeurs mais c’est ma cinéphilie qui m’a fait comprendre l’importance de la musique. J’ai fait de la radio quand j’étais étudiants, il y a plus de vingt ans, fin des années quatre vingt dix et pour parler de cinéma j’ai dû passer des bandes sons; au début avec les vhs je faisais écouter la bande son, par exemple « La Jetée » de Chris Marker avec la musique sur la voix off de même avec la bande son de  « L’homme qui dort » de Bernard Queysanne.

Vous parlez là de films d’auteur, il y a un passage intéressant dans votre livre sur le problème de la musique à Hollywood aujourd’hui ?

Il y a une tendance au formatage ; il y a le son Zimmer à Hollywood qui consiste à tuer tous les thèmes ; Zimmer déplore lui même cette tendance. Chaque film a ses propres enjeux, ce qui était nécessaire pour « Batman » ne l’est pas forcément pour un autre film. Le problème c’est que les producteurs ont pris ce genre de musique pour tous les Marvel ! Tout se ressemble. Zimmer pense que cette attitude est stupide. Heureusement il y a Giacchino, Pemberton qui sont eux très créatifs.

J’ai l’impression après la lecture de votre livre il sera difficile d’écrire sur la musique de film.

J’ai voulu synthétiser tout ce que j’entends, avec des problématiques qui sont souvent les mêmes. Avec de nouvelles interviewes dans dix ans je pourrai faire une mise à jour, mais les questionnements n’auront pas changé.  Le filtre du temps fera que les mauvais compositeurs d’hier ou d’aujourd’hui ont disparu ou disparaîtront, mais les bons, ceux qui composent actuellement et qui ne sont peut-être pas reconnus à leur juste valeur seront reconnus dans vingt ans. Je pense que les Pico, di Concilio, Chandon, Militon, sont les talents de demain.

Je sais que vous êtes allergiques à la musique des films qui est mise sur support, vous n’abordez pas cette commercialisation.

On fait des bacs avec marqués BO, ce n’est pas un genre particulier, toutes musiques peut-être musique de film, tout dépend si elle sert le propos du film. Dans le livre les questions que je pose, c’est, au delà du genre et du style, qu’apporte la musique au niveau de la narration, de la caractérisation d’un personnage ; il n’y a pas d’apriori à avoir, pour moi le style vient après ; si je suis un peu militant dans ce livre c’est sur la question de cinéma !

Ecouter simplement de la musique de film qu’est ce pour vous ?

C’est comme d’aller voir la robe que portait une comédienne dans une exposition ! La musique de film certains réalisateurs ont en peur car c’est la seule création qu’on peut extraire comme une œuvre autonome ; mais ça dénature son rôle premier, la musique vit dans un film. A contrario, la musique de la « Boum » a eu un tel succès qu’elle a contribué à relancer la carrière du film ! Le film ne marchait pas trop dans les premières semaines. Je n’ai pas abordé ces questions dans l’ouvrage ! Une fois que le film est fait, ça ne regarde plus les créateurs, il appartient au public et il en fait ce qu’il veut.

Comment ont réagi les compositeurs ?

J’ai contacté les compositeurs qui sont les plus cités pour les prévenir du livre ; ils ont tous été ravis, Gabriel Yared par exemple a demandé à son assistant d’en commander plusieurs exemplaires, il en a peut être un stock chez lui (sourires), Béatrice Thiriet m’a répondu que ce sera elle qui devra écrire sur moi, elle a relayé la sortie de mon livre sur les réseaux sociaux ! Comme je parle et je fais en général la promotion des compositeurs depuis quinze ans, pour une fois ce sont eux qui font la promotion de quelque chose qui m’appartient !

La musique classique est souvent empruntée pour devenir de la musique de film. Roads aime les petits labels qui osent encore sortir des cd et produire de jeunes et talentueux artistes.

Pour le lancement de son disque – « Introspections » Polymnie POL 123 137-  Axia Marinescu a offert un concert « introspectif » à l’ambassade de son pays d’origine, la Roumanie. Lauréate de plusieurs concours dès son plus jeune âge c’est avec légèreté et profondeur qu’elle a interprété un programme « chronologique». Rameau, Mozart, Chopin, Debussy, Ravel et en bis bien sûr une composition d’Enescu. La sonate « Alla Turca » de Mozart était, sous ses doigts, toute de souplesse, caressante et très vivace, une vision charmante comme était les turqueries à la mode à cette époque. Les valses de Chopin étaient plus pour faire plaisir au public – un hommage au plus célèbre des pianistes roumain Dinu Lipatti ? Il a laissé un enregistrement de référence de ces valses – Son interprétation de Debussy  – Reflet dans l’eau –  et surtout de Ravel – Alborada del Gracioso – étaient d’exception. C’est dans ce répertoire qu’elle excelle.

Sur le disque on retrouve cette très belle version du Mozart – Sonate n°11 –  du Debussy – Reflet dans l’eau – et surtout la brillante interprétation, lyrique, des – Klavierstücke op.188 – de Brahms.   Elégance et virtuosité c’est ce que l’on ressent à l’écoute de ce disque et ce qui planait pendant le concert. Une artiste qu’il faut suivre et écouter.

Apartemusic est un éditeur courageux qui offre des disques de très grandes qualités en produisant des interprètes jeunes, bourrés de talent, encore des idées de cadeaux !

Le fantastique et prodigieux jeune pianiste Maxim Emelyanychev prend la baguette dans le cd AP191, pour diriger la « Symphonie n°3 » de Beethoven et Les « Variations sur un thème de Haydn » de Brahms. C’est avec les solistes de l’orchestre de Chambre de Nizhny Novgorod qu’il s’attaque à ces deux morceaux qui ont été de si nombreuses fois dirigés et enregistrés et par les plus grands chefs d’orchestre ! Ce prodigieux pianiste en fait dirige sans baguette ! «  C’était utile jadis pour garder l’attention des musiciens. Plus maintenant. Le rôle du chef n’est plus le même qu’il y a, disons 50 ou 30 ans. Les musiciens sont plus responsables, plus autonomes. Ils savent déjà jouer ensemble ! J’aime énormément cela. Le chef d’orchestre sert à réunir les idées des musiciens sur la façon de jouer. » C’est ainsi qu’il s’exprime et des idées il en a ! Avec des instruments d’époque, son Beethoven est épique, d’une énergie ravageuse, tout y est héroïque, l’exaltation est là sans oublier la dramatisation. C’est une version marquante !

Les fameux Concerti Grossi op6 de Corelli (AP 100) sont interprété ici par l’orchestre baroque de Freiburg sous la direction de Gottfried Von Der Goltz. Il en propose six sur les douze et en bonus la Symphonie Santa Beatrice, œuvre peu enregistrée.

Gottfried Von Der Goltz sait mettre ce répertoire en valeur avec la présence de la violoniste cofondatrice de l’orchestre Petra Mullejans. Corelli n’est pas aussi connu que les compositeurs de la même époque mais ces concerti grossi ont été souvent enregistrés. La plus ancienne version celle de Trevor Pinnock reste une des versions référence malgré celle de Biondi, Banchini , Marcon. Ici nous sommes dans une belle version, peut-être un peu sage, mais d’une musicalité exemplaire. Pourquoi le choix des 5 premier concerti et le septième ?   L’orchestre est rayonnant et la prise de son parfaite ; Un beau disque, on attend une intégrale.

Xavier Sabata, le contre ténor espagnol, catalan plutôt, a déjà une belle carrière discographique et ses disques sont tous loués par la presse et le public. Ici c’est L’Assendro Amante  qui est à l’honneur. En effet Alexandre le Grand a inspiré plus de soixante opéras. Dans ce disque ce sont des extraits de compositions de Haendel, Bononcini, Steffani, Vinci, Porpora et bien d’autres. Avec des extraits d’une complexité incroyable Sabata se joue de ces difficultés !  Avec une voix chaude il parvient à chanter l’amour sous toutes ces formes !  Un pur joyaux baroque à mettre au pied de l’arbre de Noël ou pas !

Le baryton autrichien Florian Boesch a chanté avec les plus grands orchestres et sous la baguette de chefs d’orchestre prestigieux. Stefan Gottfried a repris le flambeau du Concentus Musicus de Vienne crée par Harnoncourt. Ce dernier avait pris Florian Boesch pour interpréter le Christ dans la Passion selon saint Matthieu au Musikverein de Vienne. Outre sa carrière à l’opéra Florian Boesch avec ce cd des lieder de Schubert orchestrés par Brahms et Webern (AP192) prouve une nouvelle fois qu’il est un grand maître du récital grâce à une technique et une diction parfaite. Couplé à ces sept lieder, la Symphonie n°7 « inachevée » de Schubert. Dans cet enregistrement le troisième mouvement manquant a été réécrit en 2015 par Benjamin-Gunna Cohrs et Nicol Samale et le finale est l’Entracte n°1 Rosamund op 26. Plusieurs « compositeurs » se sont attelés à la tâche pour reconstruire cette symphonie ; Berio s’y est amusé mais trouve que les quatuors et les lieder sont bien plus intéressants que ses symphonies! Les symphonies de jeunesse de Schubert ne sont pas d’un grand intérêt mais sa dernière est un pur chef d’œuvre  Alors est-ce une symphonie de Schubert que l’on écoute dans ce cd? Quel est l’intérêt pour l’auditeur ? Bon le Requiem de Mozart n’est pas tout à fait de lui, la dixième de Mahler non plus, plusieurs compositeurs ont orchestré des oeuvres pour piano (Ravel, Liszt…) ou comme ici des lieder ; un ordinateur est sûrement capable de faire une symphonie d’un compositeur ! Alors écoutons cette symphonie inachevée qui et de rêvons à ce qu’elle aurait pu être, et laissons tripatouiller les apprentis compositeurs qui feraient mieux d’écrire leurs propres œuvres. Un cd juste pour les lieder ?

Comme pour le disque précédent, c’est Liszt qui s’est amusé à faire des transcriptions pour piano de Lieder de Schubert. C’était courant à l’époque et il aimait faire ce genre de compositions. Il en était le champion. Sous ses mains ce sont des extraits d’opéras d’époque (Wagner, Rossini, Bellini, Berlioz, Donizetti, Gounod), les symphonies de Beethoven…qui devenaient ses compositions propre. La magnifique pianiste lituanienne Mūza Rubackytė exceptionnelle dans l’interprétation de Liszt, propose un Schubert made in Liszt, et la Sonate op 14 de Schubert chez Lyrinx (LYR280). On peut louer les qualités de son piano maîtrisé, mobile, avec un rare sens de l’équilibre, peut être un peu froid, abstrait. Difficile d’atteindre un Brendel. C’est dans Liszt qu’elle convainc le mieux. Là elle a toute l’énergie et la technicité nécessaire, elle est dans son élément, cela chante, cela gronde ! Malgré la petite réserve sur la sonate tellement entendue, c’est une belle idée d’éditer toutes ses transcriptions avec une telle pianiste.

Avec ces conseils vous serez au moins originaux et on aura l’impression que vous vous êtes creusés la cervelle. Merci qui.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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