Un livre de Mabrouck Rachedi. Collection RUE FEROU  – Editions L’ÂGE D’HOMME.

Tous_les_hommes_sont_des_causes_perdues

« Quel est le moment précis où tu es tombée amoureuse de moi ? ». C’est la première question du livre de Mabrouck Rachedi. Drôle de question non ? Vous êtes-vous déjà posé la question ? C’est plus simple de demander souvent, timidement, « tu m’aimes ? », mais à l’instant précis… C’est une cause perdue d’avance. Alors quand on a l’intelligence ou la perversité d’écrire une phrase comme celle là, on sait que le lecteur(trice) voudra aller plus loin que les première lignes. Monsieur Rachedi est un malin. Seulement la suite ne se passera pas telle qu’on se l’imagine ; car, il y a un gros quiproquo dans l’affaire. Ce sont les mains d’Antoine et non Adam qui ont bouleversé Sofia sans qu’elle le sache ; mais c’est Adam, son amant, qui pose cette question existentielle. Alors, l’amour, un pur hasard ? Au cours de ses deux cents et quelques pages, Mabrouck Rachedi va arriver sur un ton ironique, tout en douceur, avec un brin d’élégant détachement, et souvent de manière inattendue, à ce que nous nous interrogions sur des questions primordiales, telles que le couple, la famille, la relation homme femme. 

Adam, personnage principal, pose donc cette question à Sofia. Elle réfléchie, longuement. Oui elle s’en souvient, ce massage l’avait bouleversé. Ils avaient inversé les rôles lors d’un pique-nique, c’était drôle, futile, mais maintenant, l’était-ce vraiment ? Remise en question totale d’Adam, il se perd, il en veut, il est perdu, que va-t-il faire ? Est-elle tombée amoureuse de lui ou d’Antoine ? Que va-t-il se passer maintenant ? Leur histoire est-elle donc légitime et a-t-elle le droit d’exister sur un malentendu ?

Avec trois points de vue, celui du narrateur, d’Adam et de Sofia, on s’immisce rapidement dans le quotidien du couple et aux premiers questionnements existentiels d’Adam.

Est-ce ainsi que les hommes vivent ?

Mabrouck Rachedi enchaîne avec une deuxième partie, le point de vue d’Adam. Cet homme, plutôt introvertie et difficile à cerner, nous donne du fil à retordre. Avec ses « non rien » à tout bout de champs, sa fuite de toutes conversations avec Sofia, on a du mal à suivre son rythme. Pourtant on s’attache à lui. Au travail, il est dans l’auto dérision mais aussi dans le mépris ; il n’aime pas ce qu’il fait ; d’ailleurs il va quitter son boulot d’assureur, du jour au lendemain, pour devenir « Adam aux mains d’argent », un jardinier. Adam est mon personnage préféré ; sa maladresse, sa fragilité et son utilisation parfaite du subjonctif, m’enchante.

Une troisième partie est celle de Sofia, puis le retour de l’auteur. Ce dernier joue entre le présent et le passé, ce qui donne une belle dynamique au livre. On suit l’histoire de ce couple depuis leurs débuts, en passant par leur vie de tous les jours, jusqu’à leur futur mariage, en passant par les soucis familiaux. Le choc culturel est compliqué lorsque la famille d’Adam, maghrébine, rencontre la famille traditionnelle de Sofia ; les clichés parfaitement maîtrisés fusent et nous font rire. Au fil de la lecture, on s’attache vraiment aux personnages, avec leurs côtés mégalos, stricts, drôles, sournois ; c’est une des grandes qualités du livre. Ce  roman en quatre temps, tel un tango (vous comprendrez pourquoi en le lisant j’espère), est un plein d’émotions. La fin est surprenante et laisse à réfléchir. « Est-ce ainsi que les hommes vivent ?» écrivait Aragon, chantait Ferré, Rachedi ne donne pas la réponse mais c’est bon de lire ce qu’il propose car il piétine nos convictions.

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