Les éditions « L’Âge d’Homme » à la sauce végane, encore une fois.

andonia

Dans le sous-sol d’une librairie, à deux pas de l’Eglise Saint Sulpice, face au mur où navigue, en grandes lettres, « Le Bateau Ivre » de Rimbaud, une petite jeune femme brune, à la voix douce, au caractère bien trempé, qui aime porter des piercings sur ses joues, nous accueille. Elle est environnée de gros livres qui parlent de spiritualité, de philosophie, d’ésotérisme, de cinéma, de culture. Il y a aussi des romans et de la belle littérature. Il y a un livre qui nous interpelle : « Notre Dimiti » de Lydwine Helly. Vladimir Dimitrijevic, « notre Dimitri », est mort dans un accident de voiture le mardi 28 juin 2011. Ses amis témoignent dans ce livre de l’admiration et affection qu’ils ont pour le fondateur et directeur des éditions L’Âge d’Homme. Oui, c’est dans l’antre de la librairie de l’Âge d’Homme qu’Andonia, la fille de Vladimir Dimitrijevic nous reçoit. Devant elle, face à mon enregistreur, elle a déposé sur une petite table, deux livres : L’un , « Petit traité de Véganisme » de Gary L.Francione et Anna R.Charlton et l’autre « Les Secrets Véganes » d’Isa Chandra Moskowitz. En écrivant ces mots Véganisme et Végane pour retranscrire notre entretien, mon correcteur Apple ne les reconnaît pas. Apple n’est que végétarien. Une autre ironie du sort c’est que cette charmante femme, végalienne –  l’orthographe me donne régalienne – merci la pomme !,  a comme nom marital Borel. Borel comme Jacques l’industriel qui a inventé la nourriture rapide et de piètre qualité sur les autoroutes avec son fameux jambon à la sauce Borel ; c’est Borel qui avant MacDo avait inventé les Wimpy à la française ; Jacques Borel c’est synonyme de mauvaise bouffe et Zidi l’avait ridiculisé dans « L’Aile ou la Cuisse », même Renaud, Coluche Brel… comparaient les resto Borel aux plats pourris qui est le sien. Avec ce lourd héritage de cet homonyme, on peut comprendre que Madame Borel s’est tournée vers le Véganisme (j’ai fait Add, La pomme a accepter végane ! La pomme est enfin végalienne) 

« L’Âge d’Homme » est une maison d’édition fondée en 1966 à Lausanne par l’éditeur d’origine yougoslave Vladimir Dimitrijevic (1934-2011) avec l’aide de l’écrivain et éditeur Dominique Roux. Connue pour sa diffusion d’auteurs slaves l’Âge d’Homme diversifie sa ligne éditoriale en publiant des revues, des travaux universitaires, des ouvrages de fiction et plusieurs auteurs suisses. Elle était aussi l’un des principaux éditeurs francophones d’écrivains dissidents soviétiques. Dans les années 90 sa condamnation des raids de l’OTAN sur la Serbie, son pays d’origine, et son attitude ambiguë face au nationalisme serbe déclencha la polémique. Vladimir meurt dans un accident de voiture alors qu’il conduisait sa camionnette chargée de livres. Andonia a repris les rênes de la maison d’édition. Habitant Lausanne, mais de passage à Paris, elle nous a accordé cet entretien au beau milieu de piles de livres.

Interview :

Qui êtes vous ?

Vaste de question ; je suis Andonia Dimitrijevic Borel, mère d’un enfant de trois ans, éditrice.

Avez-vous été préparée pour ce métier ?

J’ai d’abord été libraire, puis j’ai travaillé dans la maison d’édition mais du côté de la diffusion avant le décès de mon papa, et j’ai repris, depuis presque quatre ans, le côté éditorial avec l’aide des mes collègues.

C’est quand même lourd à porter cet héritage pour une jeune femme de votre âge ?

Je ne me suis pas vraiment posé la question ; je suis quelqu’un qui apprend beaucoup sur le terrain et qui aime bien voir les choses concrètement ; pour moi ça était une méthode qui m’a convenue.

Où était cette librairie ?

À Lausanne ; nos bureaux eux étaient à la Tour Bel-Air ; c’est pendant le déménagement à l’Avenue du Théâtre que mon papa est décédé. Dans le flot des problèmes, on va au plus pressé et on ne se rend pas vraiment compte de la situation, on est pris par l’action, ce qui n’est pas plus mal.

Votre ligne éditoriale est sûrement différente de celle de votre père ?

Là c’était plus long à mettre en place ; je n’avais pas toute l’expérience requise pour ce métier, il fallait que petit à petit je reprenne contact avec tous ces gens que mon papa connaissait, et encore maintenant ; puis décider de ce qui me tient à cœur et ce vers quoi, en tant qu’individu, j’ai envie d’aller et de m’approprier la maison. C’est une chose que je commence à entreprendre depuis deux ans environ. Il fallait avant finaliser les projets qui étaient en cours. Maintenant je commence à choisir certains textes, à pouvoir donner mon avis avec un peu plus de recul. Un de nos collaborateurs importants vient de partir ailleurs, donc c’est moi qui prendrai seule les décisions éditoriales. On m’a transmis cette passion, il faut maintenant que je puisse bien la maîtriser. Il faut que je prenne encore plus mes marques, évoluer et faire évoluer cette maison qu’avait créé mon papa et qui a un catalogue extraordinaire.

C’est un catalogue assez impressionnant ?

Plus de 4000 titres ! C’est un vrai trésor, mais il faut travailler dessus, mettre en lumière certains livres qui le mériteraient. Il y a un énorme travail à faire. On est peu, on fait au mieux.

À Paris vous n’aimeriez pas avoir une belle librairie comme vos confrères, dans un endroit plus passant ? (ndlr la librairie est rue Férou dans le 6ème)

Pas plus que ça ; il ne faut pas que je m’éparpille. Je pense qu’en ce moment c’est sur le domaine éditorial qu’il faut se concentrer. Notre équipe est assez réduite, on a pas le temps de tout faire, il faut se recentrer sur notre métier éditorial, faire découvrir des textes qui nous tiennent à cœur.

Alors vous, ce qui vous tient à cœur ce sont les livres sur le véganisme ?

J’adore la littérature, c’est un domaine bien exploité chez l’Âge d’Homme, qui est très important et qu’on continue ; en parallèle étant moi-même végane j’avais envie de faire connaître ce mode de vie, dans le domaine des publications, aux francophones.

les secrets

Il y a longtemps que vous pratiquez le véganisme ?

J’étais végétarienne très tôt, à partir de mes douze ans, en rejoignant le monde associatif, style le droit des animaux,  je suis devenue végane en 2009.

Pour l’instant avez-vous produit des livres ?

Oui, on a produit un essais « Contre la Mentaphobie » de David Chauvet et deux auteurs Laura Veganpower et Sébastien Kardinal, deux parisiens, qui ont écrit trois livres. Sébastien va sortir un quatrième qui va être un livre de cuisine. J’avais envie de publier des gens francophones, mais comme l’idée était de lancer une collection, on n’avait pas assez de livres sur cette thématique ; on a vu que dans les langues étrangères il y avait toute une littérature, livres de cuisine mais aussi philosophiques, sociologiques qui parlait de la cause animale, du véganisme en général; je me suis dit que c’était une bonne idée de les traduire puisque ce sont des textes fondateurs et de les faire découvrir aux gens qui ne parlent pas forcément l’anglais et qui sont intéressés par ce mouvement, mais aux autres aussi.

Ce sont de beaux livres et qui doivent être assez cher à éditer.

Oui, au début, c’est le moment le pire, parce que les tirages ne sont pas énormes et du coup le livre à la production coûte assez cher. Il faut de plus rester dans une gamme de prix accessible si on a envie de se faire connaître et de vendre nos livres ; le début est donc un peu difficile mais la collection démarre bien et j’espère que ça va aller dans ce sens. C’est un investissement auquel je crois.

Il y en a déjà beaucoup dans la collection ?

Il y en a une vingtaine.

Quand on les regarde on a envie de manger végane !

J’espère, c’est le but ; On désire casser le stéréotype qu’on a du végane ou du végétalien qui mange de l’herbe en suçant des cailloux ! L’idée c’est de partager tout ce que j’ai découvert quand je suis devenue végane. Un mode de vie, aussi de s’alimenter de manière très riche avec beaucoup de variétés de produits qu’on n’a pas l’habitude d’utiliser. Ce n’est pas un univers triste mais joyeux.

Dans votre famille on vous regardait comme un « animal » un peu bizarre non ?

Non, mon papa et ma maman ( ndlr morte d’un cancer en 2010) étaient très tolérants, très ouverts ; Ils comprenaient sans forcément adhérer, je ne faisais pas de propagande, mais ils étaient très curieux, que je leur fasse goûter, ils n’étaient pas fermés sur cette manière de vivre. Les éditions l’Âge d’Homme sont aussi une ouverture sur le monde, une preuve de curiosité ; depuis l’enfance j’ai vécu pas mal à l’Âge d’Homme et mon papa était quelqu’un qui ouvrait la porte à tout le monde et qui laissait aux gens d’avoir une chance ; après il était un peu dur mais il laissait la chance ; il y avait des punks, des gens de tous milieux, de tous horizons, il n’a jamais fermé la porte à quelqu’un, il avait une sorte de respect envers moi et ma manière de vivre.

Quand vous voyez des gens qui mangent de la viande à votre table vous avez quelles sortes de réactions.

J’attends qu’ils me posent une question sur ce que je mange et qui a l’air d’être meilleur que ce qu’ils ont dans leur assiette (rires). Je préfère qu’ils viennent vers moi plutôt que moi faire de la propagande ; c’est une manière de communiquer qui est plus facile et qui porte plus ses fruits.

Végétarien c’est devenu plus banal, végalien on a encore une idée de secte.

Je ne sais pas pourquoi et à quel moment il y a eu cette image, alors que c’est au contraire quelque chose de très respectueux des individus, car si on respecte les animaux, on est sensé respecter les humains aussi ; c’est un mode de vie qui est basé sur la non violence, le partage ; On espère que les choses vont aller en s’améliorant, aussi au niveau écologique, éthique et au niveau de la santé. On a de plus en plus de preuve comme quoi ce mode d’alimentation est très bien adapté pour des sportifs de très hauts niveaux et qui augmente leurs performances .

Donc si je comprends bien, dans votre entreprise, vous êtes une femme d’écoute, de largesse d’esprit, de partage des idées ?

J’essaye de l’être je ne sais pas si j’y arrive totalement, faudrait le demander aux gens qui me côtoient ; Le milieu associatif m’a aussi apporté pas mal de choses à ce niveau là. Ce n’est pas une manière de communiquer qui me convenait puisqu’elle était souvent agressive et que souvent j’avais l’impression que les gens se braquaient ; On touchait quelques personnes, mais j’avais l’impression que les gens se sentaient accusés de quelques choses alors que c’est la société qui n’a pas les valeurs du véganisme, ou du végétarien non plus, pour l’instant ; rien n’est fait pour accepter ces modes de vie, on nous fait peur sur les carences, par exemple, on dit que les produits laitiers sont bons contre l’ostéoporose alors que c’est le contraire ; on a des idées reçues que personne ne comprend, qui sont là  et qui perdurent et du coup, on ne peut pas blâmer les consommateurs. L’idée avec cette collection c’est de pouvoir les informer et qu’ils prennent eux-mêmes leurs décisions. C’est expliquer et donner des exemples que c’est un mode de vie sain qui convient à tout le monde et  à tous les âges. C’est en faisant soi-même son opinion mais non en étant obligé qu’on peut changer ses habitudes. Il y a autant de convivialité à partager une nourriture végane que celle qui existe aujourd’hui en majorité.  Mon mari par exemple qui  mangeait de la viande a trouvé dans le véganisme une attitude plus cohérente que le végétarisme qu’il a pratiqué quelques années.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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