Suite à la publication de sa « Une » explosive, le site de l’hebdomadaire satirique a été piraté cette nuit et est inaccessible depuis 9 h ce matin. Le rédacteur en chef Charb, s’est exprimé sur le sujet.

Le site charliehebdo.fr piraté

La « Une » qui en a fait rire certains, d’autres moins, est bien sûr à l’origine de l’attaque informatique. On a  d’abord cru à une saturation du serveur suite à une affluence trop importante de visiteurs sur le site, mais plus tard dans la matinée, le rédacteur en chef, Charb, a confirmé le piratage : « Le site est bloqué car il a été piraté. Apparemment, c’est une attaque encore plus massive qu’en 2011 quand Charlie Hebdo avait déjà publié des caricatures du prophète. »

Un air de déjà vu pour la rédaction de l’hebdo satirique. Il y a moins d’un an, avant de se prendre des cocktails molotov dans la redaction, le site avait également été victime d’une attaque informatique.

En effet, dans la nuit précédente la sortie de « Charia Hebdo », des pirates avaient remplacé la traditionnelle page d’accueil du site par d’autres photos, montrant par exemple La Mecque et le Coran.

Déjà en rupture de stock

« Pour calmer le jeu après le film Innocence of MuslimsCharlie annonce avant tout le monde la sortie d’Intouchables 2 ! Également dans le journal, les paradis fiscaux de Bernard Arnault, les religieux qui s’engagent pour le mariage homo, et la presse lèche-cul qui remplace la presse d’opinion. Dès demain en kiosques ! »

Voilà ce qui était écrit sur la Page Facebook de l’hebdomadaire hier soir.

Ce matin, les 75.000 premiers exemplaires du numéro ont été vendus en quelques heures. Comme à chaque sortie d’un numéro  » polémique », les Français se ruent dans les kiosques. Certains pour le détruire, d’autres, pour tout simplement en posséder un exemplaire.

Le journal satirique prévoit un nouveau tirage qui sera en kiosque vendredi et qui devrait porter le total de ses ventes, au minimum, à plus de 200.000 exemplaires.

La provocation, un fond de commerce ?

«L’effet est toujours le même quand on fait des unes sur l’islam radical, explique le dessinateur Charb, directeur de la publication. En novembre dernier, le numéro rebaptisé Charia Hebdo avait atteint 200.000 ventes, contre 45.000 en moyenne, dont 11.000 abonnés. Quand on fait des couvertures très violentes sur le pape, nous observons le même niveau de ventes. Les catholiques intégristes ne font pas réagir les médias, alors que quand on a des ennuis avec les musulmans, tout le monde s’agite ! » a déclaré Charb.

« Il y a de la provocation comme toutes les semaines, pas plus avec l’islam qu’avec d’autres sujets. On a eu en 20 ans 14 procès avec l’extrême droite catholique et un seul procès avec l’islam, quel est le problème en France, c’est l’islam ou l’extrême droite catholique ?» s’interroge le rédacteur en chef. « Toutes les religions sont visées », explique t-il en rappelant la couverture « Bienvenue au pape de merde » lorsque Jean-Paul II avait effectué une visite officielle en France.

Pour Christian Delporte, spécialiste de l’histoire des médias, cette « Une » n’est pas surprenante de la part de Charlie Hebdo.

« C’est un peu son fond de commerce, si Charlie Hebdo n’est pas dans la satire et dans la provocation, il n’est plus Charlie Hebdo, ce n’est pas un journal d’analyse, c’est d’abord un journal d’une satire féroce et qui met à l’épreuve constamment la liberté d’expression » explique t-il sur le site du Point. 

Selon lui « la presse de caricature, qui était très puissante au XIXe siècle, n’existe plus, le seul endroit où il y a encore des caricatures c’est dans Le Canard enchaîné et Charlie Hebdo ».

Soutenu par une bonne partie des internautes lors de l’affaire des caricatures de Mahomet, « Charlie Hebdo » a, pour beaucoup, dépassé la limite du bon goût en rééditant la provocation à l’occasion des violences provoquées par le film anti-islam, « Innocence of Muslims »

Si très peu d’internautes dénient à l’hebdomadaire satyrique le droit de se moquer du prophète de l’islam, beaucoup pensent qu’ils se servent de la polémique à des fins commercials.

La provocation est devenu le fond de commerce d’une bonne partie des médias. Pas plus tard que la semaine dernière, c’est Libération qui créait la polémique en publiant sa Une : « Casse toi, Riche Con », en référence à l’affaire Bernard Arnaud. Quelques semaines avant, c’était l’ Express qui enregistrait des ventes records avec sa Une : « Et si Nicolas Sarkozy avait eu raison ? »

Quand s’arrête la liberté d’expression ? Peut-on parler de contexte pour la presse ?

Il est clair, la presse n’a pas à tenir compte d’un contexte.

«S’il faut tenir compte du contexte, a estimé Charb, le contexte mondial ne sera jamais favorable à rigoler de l’islam radical ou des religions en général, si on tient compte du contexte, on ne parle plus de rien, jamais, la presse satirique est condamnée et c’est foutu.»

La liberté d’expression peut être accompagné d’irresponsabilité. Certains diront que c’est le cas pour Charlie Hebdo. En revanche, chacun est libre de faire son avis. De toute évidence, la publication de ces caricatures n’est  pas contestable, étant donné que la limite à la liberté d’expressions n’existe pas.

Ce n’est pas parce des tensions s’intensifient, que la presse doit se taire. Et ce, dans sa globalité. De la caricature en passant par l’analyse sérieuse.

Ces caricatures choqueront « ceux qui vont vouloir être choqués », reconnaît le rédacteur en chef, interrogé par i-Télé. En dépit du contexte, ce dernier juge que ces dessins, publiés en pages intérieures, ne sont pas plus provocants que d’habitude. « La liberté de la presse est-elle une provocation? » se demande t-il.

«Tout ce qui concerne l’appel au calme, je suis d’accord avec Ayrault, mais si quelqu’un a un problème avec Charlie Hebdo, on fait comme en République, on porte plainte contre nous, on va au tribunal et puis on joue le match tranquillement dans le cadre de la loi», a déclaré Charb.

Les représentants de tous les cultes ont pourtant condamné cette publication et le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a estimé qu’il n’était pas « intelligent » de « mettre de l’huile sur le feu ».

Le Conseil français du culte musulman se dit « consterné » par les dessins « insultants ». Dans un communiqué, son président, Mohammed Moussaoui, écrit que le Conseil est « profondément attaché à la liberté d’expression » mais exprime toutefois « sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables ».

Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a pour sa part affirmé que la liberté d’expression, dont la caricature, était « un droit fondamental » encadré par la loi, tout en prônant la fermeté contre les manifestations qui troubleraient l’ordre public.

Des cars de CRS devant la rédaction

Le siège du journal, situé dans le XXe arrondissement de Paris, est sécurisé depuis mardi soir par les forces de l’ordre. Pas moins de trois cars de CRS stationnent, jour et nuit, depuis mardi, devant l’immeuble en bordure de périphérique qui abrite les nouveaux locaux de Charlie Hebdo.

Par mesure de prévention, le Quai d’Orsay a indiqué ce mercredi que les ambassades, consulats, centres culturels et écoles françaises seront fermés dans une vingtaine de pays musulmans vendredi, jour de la grande prière après la publication de caricatures de Mahomet en France.

A propos de l'auteur

Co-fondateur de Roads Magazine / Responsable de la rubrique Culture (sur twitter : @BonhommeVincent) / Web Designer (plus d'info sur : vincentbonhomme.github.io/resume/)

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