Réalisé par Laura Bispuri d’après le livre d’Elvira Dones. Avec Alba Rohrwacher, Flonja Kodheli, Emily Ferratello et Lars Eidinger. Prix Nora Ephron au Festival de Tribeca, Compétition officielle à Berlin 2015. Sortie le 30 septembre 2015.

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L’histoire

Hana est une orpheline albanaise. Elle vit chez un montagnard marié et qui a une fille nommée Lila, qui a le même âge que Hana. Elle est contrainte de suivre les règles rigides du Kanun, droit civil parallèle appliqué dans les montagnes albanaises qui, quand il n’y a pas assez de fils mâles, peuvent pousser une femme à s’auto-proclamer homme, à être élevée comme un homme et à renoncer à tous les aspects de sa féminité. Hana devient Mark et conduit une vie d’homme. Quand, de nombreuses années plus tard, Mark arrive en Italie, le contact avec une culture différente lui permet de partir à la recherche de la Hana enfouie

L’avis

Depuis plus de 200 ans ce droit du Kanun perdure en Albanie, c’est une pratique qui date de la domination ottomane. Il conditionne la vie de la famille, du mariage, de la propriété, des crimes d’honneur…Cette pratique existe aussi au Kosovo, en Serbie, en Bosnie, au Monténégro ; Le film est une histoire hors du commun entre documentaire et fiction. Les passages en Albanie ont été tournés avec de vrais Albanais et une vraie vierge sous serment. C’est un film sur le corps, le corps congelé d’Hanna qui ne peut être ni un homme ni une femme et qui en rejoignant, en Italie, Lila, avec qui elle a passé sa jeunesse, va petit à petit redécouvrir son corps, sa féminité, libérer la femme qui est en elle (sa rencontre avec le gardien de la piscine, ses rapports avec sa « nièce » qui fait de la nage synchronisé).

On peut aussi le voir comme une métaphore de la relation entre la liberté des femmes dans le monde. Alba Rohrwacher qui joue le rôle de la vierge est méconnaissable, elle se fond dans le paysage de manière époustouflante. Elle est émouvante dans cette histoire complexe ; le film est son regard. Elle était déjà fascinante dans « Hungry Hearts » de Saverio Costanzo – Roads février 2015 -, rôle pour lequel elle avait été primée à Venise en 2014 ; La mise en scène de Bispuri est rigoureuse entre longs plans séquences en Italie et coupures internes dans les séquences albanaises ; la musique de Nando Di Cosimo joue un rôle essentiel ; Avec ce premier film Laura Bispuri montre qu’elle a un réel talent, qu’elle a une exigence dans sa mise en scène et ose prendre un sujet hors des sentiers battus. Ce n’est pas étonnant que son scénario ait reçu l’aide des « Ateliers de la Cinéfondation » du Festival de Cannes, du « New Cinéma Network » de Rome, des « Ateliers d’Angers » et du « Gap Financing » à Venise.

A propos de l'auteur

Réalisateur, journaliste

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