Une enquête menée auprès de presque 150.000 enseignants a révélé qu’un tiers d’entre eux souhaiteraient changer de métier. Paradoxalement, ils sont 70% a estimé que le climat scolaire est bon dans leur établissement. Alors, il est où le problème?

Dans l’imaginaire collectif des Français, les « profs » disposent d’une incroyable capacité à se plaindre perpétuellement. Considérés comme des feignants de première classe, les enseignants se cherchent des excuses pour justifier leurs si longues vacances qui font verdir de jalousie les salariés du privé. Pourtant, selon certains, le métier d’enseignants est loin d’être facile. Mais les chiffres ne mentent pas:

  • Une année a 253 jours ouvrés ;
  • Un travailleur aux 35 heures dispose de 25 jours de congés ;
  • Un travailleur aux 39 heures dispose de 25 jours de congés plus 24 jours de RTT ;
  • Un professeur à 253 jours ouvrés plus 14 semaines de congés (Toussaint : 1, hiver : 2, février : 2, avril : 2, grandes vacances : 7) soit environ 65 jours de congés (on compte 5 jours fériés « gachés ») ;

Un professeur travaille donc 188 jours par an, alors qu’un employés aux 35 heures travaillera lui plus de 228 jours! Alors, comme un professeur passe en moyenne 18 heures par semaine devant ces élèves, et à peu près la même chose à préparer les cours, cela donne, 36 heures hebdomadaires de travail effectif . En clair, il n’y a donc rien d’exceptionnel à enseigner: ce n’est pas plus contraignant qu’un autre travail. Seulement, la où ça coince avec les salariés du privé, c’est que certains commerçants, médecins, notables ou chefs d’entreprise travaillent couramment plus de 60 heures par semaine, sauf qu’eux ne bénéficient pas de vacances à rallonge…

Actuellement, près d’un tiers des personnels d’éducation envisagent de quitter leur poste en raison des tensions entre collègues.  «Le harcèlement est bien un facteur de décrochage professionnel», souligne Éric Debarbieux, spécialiste de la violence scolaire. Trois mois et demi après son parachutage à la tête de la délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre les violences en milieu scolaire, il présentait le 26 février une enquête d’une ampleur inédite.

Parmi les sondés, 26 % estiment que la violence est présente dans leurs établissements. Un chiffre qui atteint 64 % dans l’éducation prioritaire, preuve que les ZEP n’usurpent pas leur nom et méritent vraiment leur réputation.

Pourtant, c’est pas le Texas!

«Il ne faut pas minimiser la gravité de certains faits, mais l’école n’est pas à feu et à sang»  pondère cependant Éric Debarbieux. En chiffres, cela donne près de 70% des personnes interrogées qui déclarent que le climat scolaire est bon. En fait, très majoritairement, 82% des enseignants se sentent respectés par leurs élèves.

Et puis, contrairement aux idées reçues, les violences à l’encontre des professeurs sont rares. Certes, chaque semaine, un incident tragique impliquant des collégiens ou des lycéens vient gonfler les pages de faits divers des journaux, mais concrètement les profs sont plutôt en sécurité. Depuis septembre dernier, 5 % des personnels disent avoir été «bousculés violemment», 0,9 % «frappés» et 0,3 % «blessés par arme». Mais dans le même temps, les violences verbales s’accentuent (42 % ont été «insultés», dont 13 % à plusieurs reprises).

Refuser l’amateurisme ou offrir le professionnalisme à des élèves qui ne le méritent pas?

Le harcèlement et l’ostracisme entre collègues sont présents de manière non négligeable, car 11 % des enseignants disent avoir été harcelés depuis la rentrée et 18 % ont été mis à l’écart par des collègues. La terrible loi de la redoutée salle des profs, n’est-ce pas?

Pour M. Debarbieux, «il n’existe pas de baguette magique. Il faut une politique publique sur le long terme, pas un “plan”». «Lorsque nous sommes passés, sous Luc Chatel, des États généraux de la sécurité à l’École (il en était le président scientifique, NDLR) aux Assises nationales contre le harcèlement à l’école (il en a réalisé le rapport), nous avons franchi un pas énorme», précise le «Mr violences scolaires» de Vincent Peillon.

Avec un phrasé digne d’un Jean-Luc Mélenchon en pleine campagne, Éric Debarbieux rappelle que «la meilleure prévention à la violence, c’est l’humain». Seulement, l’humain sans formation, c’est comme la puissance sans maîtrise, ça ne sert à rien dirait Pirelli. Parmi les enseignants, ils sont 40,71 % à estimer avoir été «bien» ou «plutôt bien» préparés à leur métier. «Il faut être capable de prévoir l’urgence et refuser l’amateurisme», explique Éric Debarbieux. «Depuis des années, certains professeurs font de la gestion de groupe en sauvage, en ignorant les notions de minorité, d’influence de la majorité et le fait que le harcèlement est une oppression de conformisme. Pour faire face à ces situations, les enseignants n’ont pas besoin de «trucs», mais de «compétences».

Et puis, le plus drôle et le plus prévisible dans cette histoire c’est que selon M. Debarbieux, « les déclarations tonitruantes sur le mariage pour tous ont faits des dégâts dans les établissements ». Conformément aux vœux du gouvernement, la délégation s’intéressera donc aussi au sexisme. Elle vient d’ailleurs d’élaborer un «kit» sur le sujet, à destination des personnels d’éducation. Après, il reste encore incertain que tous les élèves acceptent la libre expression de l’homosexualité, surtout à 13 ans…

3 Réponses

  1. ecolemaison

    L’école n’est pas à feu et à sang? Relativisme, quand tu nous tiens… C’est du jamais vu, une violence invraisemblable. Il n’y a pour beaucoup de parents qu’une solution: déscolariser l’enfant et lui faire suivre des cours à distance. Un phénomène que nous décrivons sur notre blog.

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  2. Durand Mathilde

    Bonjour

    J’ai du mal à cerner le sujet de votre article. Tenez vous à démontrer que les enseignants travaillent moins que les autres et donc n’auraient aucune raison de se plaindre ? Ou cherchez vous à minimiser la souffrance pourtant réelle du corps enseignant ? A moins que vous ne mettiez en avant l’incompétence générale de ce dernier…
    A ceci, enseignante de métier, je pourrais vous répondre :
    –> Etant donné le nombre de fautes dans votre article, je peux entendre que les enseignants font mal leur travail ;
    –> Non, nous n’avons pas plus de congé que les autres. La formule du 1heure de travail pour 1 heure de cours est une belle ânerie (peut-être pour inciter les vocations d’enseignants ??). Il faut préparer les cours, suivre les élèves sur leur formation en milieu professionnel (stages), corriger les copies, examens, faire de la veille scientifique pour se tenir informer des évolutions dans notre domaine,… Non, la réalité est autre : nous avons plus de travail à domicile que la plupart des autres salariés, ce qui est une chance, car nous sommes libres de notre organisation. Mais ne soyez pas jaloux : je ne peux pas choisir mes dates de congé, moi !
    –> Le harcèlement, oui nous en souffrons. Mais vous vous trompez de cible. Certes, certains collègues peu futés peuvent en harceler d’autres. Mais la vrai tension provient en général de l’administration elle-même et bien entendu des « parents d’élèves », généralement incapables de gérer leur progéniture et qui veulent absolument nous apprendre notre métier… Quant à la loi de la redoutée salle des profs, je ne la connais pas.
    –> Nous sommes incompétents ? Certainement, mais aujourd’hui on demande beaucoup à de simples enseignants (prise en charges d’élèves handicapés, dyslexiques, dyscalculiques, autistes,… ) et nous n’avons ni la formation nécessaire pour encadrer ces jeunes, ni les moyens.
    –> L’enseignement à distance ou dans le privé, c’est vraiment le conseil que je donnerais aux gens.

    Malthide

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    • Ecole Maison

      Bonjour Mathilde, votre réponse humoristique me plaît.
      Mais vous commettez tout de même quelques impairs.
      Tout d’abord, le plus grave: les dyslexies, dyscalculies, dysgraphies, dysmathie, dysécolies etc (on en invente chaque année) ne sont pas des maladies comme on se plaît à le croire mais le résultat d’une problème d’enseignement: c’est l’école qui fait mal, avec le mauvais contenu et, souvent le mauvais contenant. Je l’ai souvent expliqué (http://l-ecole-a-la-maison.com/autisme-dyslexie-disent-ils…/), tous les dys sont des enfants qui sont passés par l’école. Et on n’en a aucun chez les enfants qui font l’école à la maison depuis le début. Aucun. Comprenez-vous ? Ces symptômes sont en fait le résultat d’un défaut d’apprentissage. Si je vous demande de faire un kata du second degré et que vous n’y arrivez pas, je pourrais dire « vous êtes dyspraxique ». Vous protesteriez, et je vous répondrai: « C’est exactement ce que vous faites à l’école. » On ne peut faire ce qu’on n’a pas appris. le problème est là, exclusivement. Nous le disons depuis 10 ans et nul n’a jamais réussi à nous contredire, pas même des neuropédiatres armés d’IRM, ils sont incapables d’étayer cette rumeur fantaisiste par des études cliniques: les scanners ne révèlent rien. Voilà le fait. Quiconque n’apprend pas correctement est passible d’étiquetage « dyspraxique ». Ce faisant, on marque l’enfant au fer rouge, il se dit « j’ai un problème » et dès lors, commence à développer un symptôme, bien connu. Voyez-vous ?

      Second chapitre: vous considérez que vous défendez un corps enseignant en bloc, mais il est très peu probable que vous le représentiez, si vous êtes compétente, car il est majoritairement incompétent. Pourquoi défendre l’indéfendable, alors que ces collègues-là ne vous défendraient en aucun cas ? Ne vous sentez pas forcément visée: il y a beaucoup de très bon enseignants. Le fait est que, majoritairement, ils sont les artisans d’un désastre indiscutable. La grande habitude française est de rejeter la faute sur autrui: le cheminot critique la direction de la SNCF et l’instit critique les parents. Mais les parents n’ont pas beaucoup changé depuis 100 ans, alors que l’école, elle, a changé du tout au tout. Comment se fait-il que l’enseignant de 1950 réussissait ? Certes, il avait avec lui l’autorité publique. Mais ce n’est pas que cela: il avait une bonne méthode, et non ces méthodes catastrophiques qui datent de la réforme Haby.
      Au point que, j’attire votre attention sur cette dimension historique, pour la première fois depuis le commencement de l’Histoire, l’école fait plus de mal que de bien.

      Oui, les enseignants travaillent moins que les autres. Quand j’étais artisan, je faisais 35 heures en deux jours et demie. Il n’y a pas photo. Quant à la « souffrance » du corps enseignant, c’est là une revendication-type, mais qui n’entre pas en ligne de compte, quand on est sur le plan professionnel : vous interrogez-vous sur la souffrance de votre garagiste quand vous allez le voir ? Non. Vous interrogez-vous sur la souffrance de votre dentiste ? Non point. Vous demandez de la compassion là où vous n’en avez pas vous-même. Vous êtes traités comme vous traitez la société.
      Permettez que nous non plus, vis-à-vis de vous, nous ne prenions pas en compte votre souffrance, qui est hors-champ, qui est un sujet à aborder après les cours, et que pendant les cours, vos problèmes personnels, vous vous les gardiez pour vous. Ce sont qui se plaignent le plus qui sont les moins à plaindre, en général, et on a vu beaucoup de profs descendre dans la rue quand les autres n’en avaient pas les moyens. Les agriculteurs se suicident, ça ne choque pas beaucoup le syndicats d’enseignants. En fait, on en a marre des ouin-ouins. Nos enfants ont besoin de gens épanouis, positifs, ayant de la culture, de la grandeur d’âme, de la noblesse. Comme nous avons bien compris que tout ça était prohibé et classé d’extrême-droite à l’école, nous avons retiré nos enfants et nous sommes maintenant une élite énorme de gens qui enseignent leurs enfants avec des résultats extraordinaires (vous savez que les premiers au Bac sont des enfants déscolarisés, qu’on éjecte des annonces publiques, pour ne pas froisser l’enseignant…).
      Faites votre boulot, et avec le sourire s’il vous plaît, c’est pour ça qu’on vous paye (obligés que nous sommes). Ou démissionnez. Il y a des tas de choses à faire dans le civil.

      Si, vous avez plus de congés que les autres. Faites des moyennes. J’ai 8 jours par an.

      Vous vous plaignez que les parents veulent vous apprendre votre métier. Alors, d’une, c’est à bon droit car nos parents sont plus compétents que les enseignants, ils peuvent l’être; ils le sont à chaque fois qu’ils font passer l’enfant avant le programme et le ministère. De deux, c’est leur devoir de vous dire ce qu’ils pensent. De trois, c’est communiste d’accueillir leurs remarques de cette façon, c’est une saloperie de mentalité pour le dire simplement. Jamais, au Japon, on n’aurait de tels propos de la part d’un enseignant. De quatre, c’est les enseignants qui passent leur temps à apprendre leur métier aux parents. De cinq, ils excluent les parents de ce qui se passe à l’école alors qu’il est de droit constitutionnel que les parents aient autorité sur le mode d’instruction de leurs enfants, c’est la Charte de 48. Vous devriez donc sérieusement revoir votre copie sur ce sujet, vous avez reçu là un 0 pointé.
      « L’enseignement à distance ou dans le privé, c’est vraiment le conseil que je donnerais aux gens. »
      Vous nous en voyez ravis. Nous animons d’ailleurs un site qui récupère les échoués de l’école, et je peux vous confesser que l’école fait un travail exécrable, abominable, scandaleux. Des enfants sont détruits, ridiculisés, amoindris à l’école. Certains se suicident, pas seulement du fait que les profs se moquent qu’il y ait des violences, mais aussi parce que ces profs enfoncent le clou, abaisse l’enfant, surtout s’il est victime. L’enseignant tue maintenant, comme l’hôpital. Monde d’inversion…
      Je dis « vous » entre guillemets, puisque vous vous appropriez la défense du corps enseignant, je ne vous vise pas personnellement. Mais croyez que le mal qui est fait dépasse l’imaginable. Je conçois bien que le ministère est le premier coupable: il y a là une équipe de dangereux extrémistes, et profondément malades mentalement, sectaires du reste. Mais les syndicats ne sont pas en reste.
      Regardez bien ce qui occupe vos journées et celles de vos collègues: des programmes, des réformes, des circulaires, des syndicats, des budgets… mais presque plus l’enfant. L’enfant, qui devrait être l’alpha et l’oméga, a disparu des préoccupations. Et, bien plus, vous ne pouvez l’ignorer, le programme de l’EN est fait pour le détruire et le réduire à l’état de consommateur soumis. Vous avez sans doute lu « Machiavel pédagogue ». Ce n’est un secret pour personne.
      Voilà, chère Mathilde, les réflexions que m’inspirent vos remarques.

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