Il ne fait pas bon d’être une femme dans la « plus grande démocratie du monde ». Une enquête récente a classé l’Inde comme le pire pays pour la gent féminine. La multiplication des viols qui enflamme les rues ne fait que confirmer ce constat. Mais passée la colère, la place accordée aux Indiennes dans la société va-t-elle changer?

Image viol

Les viols se suivent et se ressemblent. Lundi soir, deux semaines après avoir été violée, une fillette Indienne de quatre ans a succombé à ses blessures. Une semaine avant, des milliers de manifestants étaient descendus dans les rues après la séquestration et l’agression d’une autre enfant de cinq ans.

Depuis décembre dernier et le viol en réunion de « la fille de l’Inde », ces vagues de protestations sont devenues courantes. Cette agression très médiatisée a profondément choqué les esprits et dérouté la classe dirigeante, accusée d’indifférence face aux violences subies par les femmes. Les manifestants avaient alors demandé d’une même voix la pendaison, la castration chimique des violeurs ou encore leur lapidation.

Mais quatre mois après la prise de conscience et les promesses de changement, la révolte se heurte aux poids des traditions et à une recrudescence des violences perpétrées à l’encontre des femmes. Et ce malgré les actions du gouvernement.

Une question de mentalité

Sous la pression populaire, ce dernier a durci, le 21 mars dernier, la loi condamnant les agressions sexuelles. Le viol collectif est désormais passible d’une peine d’emprisonnement d’au moins 20 ans, et d’une condamnation à mort si la victime se retrouve dans un « état végétatif » ou venait à mourir. Mais dans les faits, les condamnations pour viols sont rares. Selon les données du Bureau national des statistiques criminelles, en 2011, un viol était signalé toutes les 20 minutes en Inde, mais seulement 26% des affaires portées en justice débouchaient sur une condamnation des agresseurs.

Une question pointée du doigt par Christophe Jaffrelot, spécialiste de l’Inde sur France Info. Selon lui, le problème ne serait pas uniquement juridique, mais se nicherait plus profondément dans la mentalité indienne. Un pays où, pendant que les politiques tentent de pénaliser les violences contre les femmes, une star nationale de rap fait l’apologie du viol dans son nouveau clip (voir vidéo).

Une société patriarcale aux coutumes dépassées

Les contradictions ne s’arrêtent pas là. Alors que le pays a été dirigé pendant 15 ans par une femme, Indira Gandhi, que sa belle-fille, Sonia Gandhi, présidente du Congrès national indien, est la figure politique la plus influente, le pays continue de considérer les femmes comme des citoyennes de seconde zone. Avortement sélectif, infanticide, leurs difficultés débutent dès leur naissance. Celles qui survivent sont souvent délaissées au profit des garçons de la famille et subissent des maltraitances de toutes sortes.

La dot, pratique interdite mais courante, en est l’une des plus répandues. On parle même de « dowry death », la mort par la dot. Le scénario est souvent le même: la famille de la mariée ne peut pas honorer la dot qu’elle avait promis, alors celle-ci se fait maltraiter par sa belle-famille jusqu’à ce que parfois, mort s’ensuive. Le mari peut alors se remarier pour toucher une nouvelle dot. Selon les statistiques, une femme meurt toutes les heures dans des incidents liés à la dot.

La classe politique complice ?

Malgré le boom économique que connaît le pays, ce conservatisme est profondément enraciné et se retrouve à tous les étages de l’échelle sociale. Il n’y a qu’à écouter les déclarations des hommes politiques. Certains n’ont pas hésité à affirmer que « 90% des viols commis étaient consentis ».

Une phrase malvenue, surtout quand on sait que plus d’une vingtaine d’élus provinciaux ou nationaux actuels, sont eux-mêmes accusés de viols ou de violences envers des femmes. Pendant que les parlementaires durcissent la législation contre le viol, un élu de l’État de l’Assam a même été mis en examen « dans une affaire d’agression sexuelle », rapporte Le Monde. Un paradoxe de plus pour « la plus grande démocratie du monde ».

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