Un livre de Thomas Kryzaniac. Collection Rue Férou, Editions « L’Âge d’Homme », 349 pages. Sortie le 20 août 2015.

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C’était lors d’une soirée à la maison d’édition « L’Âge d’Homme » que j’ai rencontré Thomas  Kryzaniac, la trentaine, calme et ingénu. Il venait de finir d’écrire son deuxième roman. Sur une couverture sobre, un gros titre : « VIVARIUM ». Ce titre m’a interpellé ; il est étrangement intriguant. Je n’avais aucune idée préconçue sur ce livre. Vivarium c’est pour moi comme un aquarium pour serpents ou pour petits animaux ? Je viens de terminer de le lire et je me rends compte que je ne me suis pas tant trompée que cela.

« J’ai rencontré Mathilda au milieu d’un cauchemar. Je n’aurais pas pu la rencontrer ailleurs ». Cette première phrase du roman ne peut laisser indifférent et entraîne une envie irrésistible de poursuivre la lecture. L’argument est très simple. Joseph Rivière est un professeur, auteur de romans sans succès; il vit sur une île des caraïbes et invite Léon, un de ses anciens étudiants, afin de lui présenter Mathilda, sa nouvelle compagne. C’est si étonnant aux yeux de Léon, qui après quelques hésitations, accepte l’invitation.

Misanthrope, Rivière est un être étrange, imbu de sa personne, aux multiples facettes, effrayant même. Léon comprend très vite qu’il a été choisi par hasard, comme un anonyme, invité à écouter l’histoire de Mathilda. Mais qui est Mathilda?

Avec une imagination débordante, une subtilité dans l’écriture, et une construction complexe, Thomas Kryzaniac va nous emporter dans des histoires rocambolesques dont Mathilda est le centre de tout ; comme Léon, on perd pied dans un univers trouble, obsessionnel, dont une foule de questionnements ne fait que jaillir. Mathilda est-elle malade ? Rivière est-il  complètement fou ? Léon hallucine-t-il ? Mathilda est-elle vraiment réelle ? Pourquoi Rivière transforme sa maison? « Leur maison (…) était une sorte de grande cabane enfoncée dans un puits », « Je m’aventurais dans les contrées les plus étranges pour récupérer des bouts de bois, des feuilles, des lianes, du sable, même des chenilles – et ces ingrédients étaient disposés après mûre réflexion dans la chambre de Mathilda, accrochés aux murs, au plafond, sur le sol, un agencement calculé au détail près afin de reconstituer une jungle sauvage dans l’intimité de son nid ».L’île en elle même est un vivarium dans lequel nous venons nous immiscer, comme Léon, pour étudier le cas Mathilda que nous insuffle et nous instille Kryzaniac. Ainsi l’auteur nous emmène, avec un talent exceptionnel, sur des pistes, des impasses, des faux-semblants, qui bizarrement vont nous exciter. Sommes-nous dans un monde réel ? Thomas Kryzaniac termine son livre comme il l’a commencé : «  J’ai rencontré Mathilda au milieu d’un cauchemar. Je n’aurais pas pu la rencontrer ailleurs », il ne répondra donc pas à nos interrogations, à nous d’en décider.

Un deuxième roman, riche, surprenant et haletant. On a qu’une seule envie, c’est de lire un troisième, aussi réussi.

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