On a posé quelques questions à Yann Ichon, un jeune musicien parisien qui prépare actuellement la sortie de son premier EP, « Cyclique ».

Yann-ichon

J’avais repéré ce gars au flow nonchalant il y a quelques temps déjà. Yann Ichon, 22 ans, vient de Montreuil en Seine-St-Denis. Au mois de mars dernier, il sortait son premier clip solo « Blue » réalisé par « La Sucrerie« . Actuellement, il prépare la sortie de « Cyclique » son premier EP.  Avec des rythmiques simples, un tempo ralenti et des textes fouillés, il contribue à offrir une alternative au rap français. Forcément,  j’ai voulu en savoir un peu plus sur le personnage, et je suis donc allé lui poser quelques questions:

T’as commencé à écrire vers 11 ans. A rapper vers 14 lorsque t’as rencontré Loveni. Il est aussi l’un des membres de « Bon Gamin », dont tu fais parti. Parles-moi un peu de ce collectif…

A la base, c’est des anciens potes de « loveni » qui ont fondé le truc. Lui, était un pote de mon petit frère. On était tous dans le même collège. On avait une sorte de bande et Loveni nous appelait tous « bon gamin ». C’est comme ça que le nom est né. A l’époque, on faisait pas forcément du rap. Il y avait rien. C’était juste des potes. On chillait, on allait faire du skate, des barbecues et un peu de basket. Puis avec le temps, on a évolué. Aujourd’hui « Loveni » et moi, on fait du rap. Puis on a rencontré  « Myth Syzer »  (le beatmaker du groupe) un peu plus tard. Ensuite d’autres ont rejoint le collectif: quelques cinéastes (« Oh Gamin« ) qui font des clips avec nous, mais aussi des potes peintres (RDLS) qui ont surtout bossé sur la pochette de l’album.

On est tous au courant du bordel qu’il y a autour de l’industrie du disque. T’arrives à vivre de la musique ou tu bricoles à droite à gauche ?

J’ai envie de te dire que je vis de ma musique, vu que je fait rien à côté. Mais en réalité, je gagne pas d’argent. Je ne peux même pas me payer un appart. J’ai à peine assez pour acheter à manger tous les jours.

Je suppose que t’as des projets sur le court terme du coup…

Ouais, ouais. Il y a cet EP de 7 titres qui va sortir en juin prochain. C’est pour cette raison que j’ai sorti des clips récemment. Dernière ça, il y un projet d’album « Bon Gamin » qui sortira surement en septembre sur lequel « 3010 », « joke », « Lagno » et « yonni » (mon petit frère) devraient apparaitre. On a pris des producteurs du 4 coins du monde dont « Kaytranada » et « Lrey » que « Myth Syzer » fréquente musicalement..

Bon, sinon t’as un avis général sur le rap français actuel ?

Non, je m’en bas les couilles. C’est tout ce que je peux te dire.

Ca me va… Tu m’as dit que t’avais été beaucoup influencé par MC Solaar. De quels sujets traites-tu majoritairement dans tes chansons ?

Il y a pas de sujet en particulier. Je parle de la vie. Mes aventures. Ce que je fais. Ce qui se passe autour de moi. Comment je ressens les choses.

On a vu tes clips. On a beaucoup aimé. Comment se sont passés les tournages ? Quelles étaient les idées de bases ?

Le premier « Blue », on l’a fait une petite boite de prod’ qui s’appelle « La Sucrerie« . L’idée de départ, c’était de me voir tomber d’un toit. C’est un peu la symbolique du morceau, ce qu’il raconte. A cette période de ma vie, je pensais que pour atteindre ce que je voulais, il me fallait une renaissance. Pour ça, il fallait que je meurs. D’ou l’image du suicide dans le clip. Je me voyais bien marcher, courrir et tomber d’un toit. C’est donc ce qu’on a fait.

Pour le deuxième « Cyclique », j’ai bossé avec Gabriel Taveira et Jean Baptiste Pain de « Oh Gamin ». Dans le clip, tout est cyclique (titre de la chanson, ndlr). A la base, c’est une histoire d’amour qui finit mal, que j’ai transposé avec tous les éléments naturels. Pour moi toutes les histoires d’amours sont cycliques. Ce que je veut dire par là, c’est que dans une vie on peut tombé amoureux de plusieurs personnes et que toutes les histoires, vont se ressemblées. Il y a toujours un début, un milieu et une fin. Au final, si tu sais ce que tu fais, tu peux savoir comment ça se termine. Voila pourquoi je parles de quelque chose de cyclique. Quand on parle de cycle, ça rejoint aussi la notions d’éléments naturels et de chaine alimentaire. Donc en partant de cette idée, on a reuni les quatre éléments de la terre pour faire un beau clip: L’eau nourrit la terre, qui ravitaille l’homme, qui alimente le feu, qui vit dans l’air. Au même titre que l’eau annule le feu, qui abroge la terre, qui tue l’homme, qui vit dans l’air. Tout comme l’eau nourrit l’air, qui ravitaille le feu, qui alimente l’homme, qui vit sur terre »

Vous n’avez pas beaucoup de moyens. Pourtant, on a vu quelques prises de vue aériennes impressionnantes dans le clip de « Cyclique ». Vous vous y êtes pris comment ?

En fait, c’est assez simple. J’ai un pote à moi qui pilote des drones. Il bosse dans une société (AC FENIX) avec deux jeunes ingénieurs. Les gars achètent leurs propres drones, ensuite ils les retapent pour qu’il puissent accueillir du matos pour filmer. C’est là qu’ils proposent leurs services. En général, ils font surtout des trucs institutionnels  genre du golf. Mais là, ils avaient envie de faire un truc un peu plus artistiques, un peu plus cool. Vu que c’est un pote d’enfance, il m’a appelé et m’a demandé si j’étais interessé pour faire le prochain clip avec un drone. Bien sûr, ça ma tout de suite chauffé, étant donnée le coût de location d’une grue et qu’on a pas d’argent. On a alors commencé le tournage il y a 6 mois. On est parti dans les Alpes cette hiver. Ensuite, pour que tous les elements rentrent en jeux, on a du aller filmer un peu partout dans le courant de l’année. Notamment à Etretat en Seine-Maritime. C’est là qu’on a ramené le drone pour faire les plans sur la falaise. C’est aussi ici qu’on me voit me jeter dans l’eau, qui était d’ailleurs glacée…

Dans 10 ans, tu te vois comment ?

Déjà j’aimerais que « Bon Gamin » devienne un label à part entière. Qu’on puisse sortir nos projets et produire d’autres artistes qui nous tiennent à coeur. Je pense notamment à mon petit frère et son groupe de rock. On voudrais aussi réaliser des clips en tant que boite de prod’, c’est à dire pour des personnes extérieures au collectif. On a également un projet en cours pour des fringues. Il y a pleins de choses tu vois. Les projets, c’est pas ce qui manque. Même si la musique est primordiale pour moi, ça reste très compliqué pour moi de gagner ma vie. On te prends 40 % de ce que tu gagnes, sur les lives, sur les ventes de CD, sur tout… Il y a trop de concessions. Pour l’instant, je suis pas forcément prêt à les faire. La musique, je la fait avant tout pour moi. Si ça marche, tant mieux. Mais par sécurité, j’ai envie d’anticiper. Envisager d’autres alternatives, notamment avec « Bon Gamin ».

A propos de l'auteur

Co-fondateur de Roads Magazine / Responsable de la rubrique Culture (sur twitter : @BonhommeVincent) / Web Designer (plus d'info sur : vincentbonhomme.github.io/resume/)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.